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Creed : le come-back !

Dix années après le sixième volet réussi de la saga Rocky, la Légende revit devant la caméra de Ryan Coogler. Un film en forme d’hommage, avec de vrais moments de grâce, mais parfois plombé par le poids de l’héritage.
Creed : le come-back !

Dix années après le sixième volet réussi de la saga Rocky, la Légende revit devant la caméra de Ryan Coogler. Un film en forme d’hommage, avec de vrais moments de grâce, mais parfois plombé par le poids de l’héritage.


Creed est bien davantage le bébé de Ryan Coogler, réalisateur de Fruitvale Station (2013), déjà avec Michael B. Jordan, et bientôt aux commandes de Black Panther pour Marvel, que de Sylvester Stallone, certes de retour dans le rôle de l’étalon italien (son plus grand rôle, juste derrière celui du Sergent Joe Bomowski dans Arrête Ou Ma Mère Va Tirer) mais en retrait, simple producteur et désormais second rôle. Un Rocky fatigué, usé, malheureux. Loin, très loin des excès du troisième et du quatrième volet, Coogler préfère jouer la carte de l’honnêteté. Sylvester est vieux, c’est ainsi, et oui, c’est triste. La passation est à ce prix, celui de la moralité, et le legs est cher payé: Rocky refuse de se faire soigner, préférant rejoindre Paulie, Adrian, Apollo, et explique sa décision au jeune Adonis, dans l’une des scènes les plus bouleversantes du film, et de la saga, offrant au passage, en quelques secondes, les meilleures raisons du monde de remettre ce weekend le Golden Globe du Meilleur Second Rôle (première nomination de Stallone depuis le premier Rocky, il y a 39 ans) à un grand acteur trop souvent caricaturé.

Une caricature qui n’est malheureusement jamais très loin. Pas simple, six films plus tard, de livrer une vision personnelle d’un mythe qui dépasse grandement le cadre du septième art. Rocky, c’est la musique de Bill Conti, c’est Philadelphie, c’est une certaine idée du rêve américain. Souvent, Ryan Coogler s’en amuse, et parfois, régulièrement même, c’est magnifique. Lors du grand combat final, quand Adonis se relève et que résonnent les toutes premières notes de Gonna Fly Now, c’est Le Grand Frisson. Quand l’heure est venue pour l’apprenti de faire ses preuves et de révéler ses talents, Coogler opte, loin des coupes faciles et punchy, pour un long plan séquence durant lequel les adversaires dansent avec la caméra. Virtuose, tout simplement virtuose. Il arrive cependant que les choses ne fonctionnent pas. Désireux de moderniser le mythe et d’imposer un nouveau personnage, Coogler se focalise sur le protégé, négligeant d’offrir une galerie de personnages secondaires séduisants. L’amourette entre Adonis et Banca (Tessa Thompson) tourne à vide, la faute sans doute à un personnage féminin qui, comme cela est trop souvent le cas, se contente d’être là sans jamais avoir la moindre importance dans l’histoire. Point de Paulie ici, ni d’Adrian. Juste Rocky. Et Adonis. Un Adonis un peu branleur, un Adonis qui doute. Un Adonis dans la lumière, mais par moments brouillon. 

Lors de la toute première rencontre avec le personnage, la caméra s’attarde sur le poing fermé de l’enfant, qui s’ouvre brusquement au contact d’une femme prête à l’aider. Le plan est grossier, imposé à nous, sans subtilité, à l’image de cette atroce scène durant laquelle Michael B. Jordan court au ralenti dans les rues de Philadelphie, suivi par des potes en motos et en quads (hein ?!), avant de venir beugler sous les fenêtres d’un Rocky amusé au son d’une BO abrutissante. Un mauvais moment, un mauvais clip.


Mais Creed : L'Héritage de Rocky Balboa, excellent film pas exempt de défauts, est également une déclaration, bienvenue en 2016. Il est possible de prendre l’histoire en cours, avec ses codes, ses obligations, et d’en faire une oeuvre intime. Avec la sortie du nouveau Star Wars, beaucoup se sont rué sur le terme passe-partout de “fan service” pour brasser du vent au service d’un regard au mieux réactionnaire, au pire stupide (sans parler des critiques ridicules envers Disney, mais là, c’est un autre débat). Il est possible de revisiter son histoire, son passé, sans pour autant servir de la nostalgie en conserve. Quitte à créer ses propres travers, à faire ses propres erreurs. Creed en est la preuve. Une bien belle.


Nico Prat

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