Created by Richard Schumannfrom the Noun Projecteclair_rocky
Design, Article & Cream
superstylo

Entretien avec John Carpenter : Une question de réflexes

John Carpenter est un homme de peu de mots, mais chaque mot compte. Et cet homme manque cruellement au cinéma actuel !
Entretien avec John Carpenter : Une question de réflexes

S’il y a un cinéaste dont les films ont été redécouverts grâce à l’avènement de la vidéo, c’est bel et bien John Carpenter ! Malgré le bide du film au moment de sa sortie en salles, le génial Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin a rapidement été redécouvert en VHS, au point de devenir une œuvre culte, de plus en plus populaire au fil de ses nombreuses diffusions sur le câble et ses différentes sorties en vidéo ! C’est pourquoi nous avons axé notre interview avec Big John autour de cette pièce maîtresse de sa filmographie, quitte à dériver sur d’autres films maudits comme The Thing – également redécouvert par le public en vidéo. Alors certes, John Carpenter est un homme de peu de mots, mais chaque mot compte. Et cet homme manque cruellement au cinéma actuel !


Par Jac & Stéphane Moïssakis

Retranscription : Romain Fravalo


Extrait de l'entretien tirée de notre hors-série Video Pizza, toujours disponible sur notre shop !

entretien-avec-john-carpenter-une-question-de-reflexes

Jac & Stéphane : Parlons de l’un de vos films les plus appréciés, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin. Comment avez-vous eu le scénario entre les mains ?


John Carpenter : À la base, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin est une commande proposée par le studio 20th Century Fox. Ce n’est pas un film que j’ai écrit. À la base, c’était un western, mais il venait tout juste de faire l’objet d’une réécriture à la demande du studio, afin d’en faire un film d’aventure plus moderne, qui se déroule à notre époque. Dès que j’ai fini de le lire, je savais que je voulais le réaliser. C’est un film barré et fou, que ce soit dans l’action, dans les dialogues et j’adore l’écriture de W.D. Richter et sa façon de penser. Je suis tombé amoureux des films de kung-fu très tôt, et c’était une opportunité pour moi de faire un film de kung-fu hollywoodien. Impossible de résister. 


J & S : Mais vous êtes également un grand fan de western. D’ailleurs, on dit souvent que vos films sont des westerns déguisés. Justement, vous n’étiez pas tenté de revenir à la version originale du scénario pour pouvoir faire votre propre western à vous ?


JC : Je n’avais pas ce genre de pouvoir sur le projet qui appartenait à la 20th Century Fox. C’est un pur film de studio, et ce n’est pas le type de films qu’ils voulaient faire. 


J & S : Vous dites que vous vouliez faire un film de kung-fu hollywoodien avec Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin. Justement, quels sont les films de kung-fu asiatiques que vous aimez ? 


JC : C’est un cinéma que j’ai découvert dans les années soixante-dix, notamment avec la sortie de La Main de fer, qui est le premier film de kung-fu à sortir aux États-Unis. D’autres ont suivi, et les films étaient parfois très différents les uns des autres, même si c’était généralement des films d’époque. Ce qui m’a marqué, c’est que ce sont des films qui peuvent être incroyablement violents et sanglants, et pourtant, j’éprouvais un émerveillement presque enfantin en les regardant. J’adore la combinaison de ces deux éléments : une violence extrême et un émerveillement enfantin. En matière de style, j’ai été influencé par beaucoup de films de kung-fu.


entretien-avec-john-carpenter-une-question-de-reflexes

J & S : Et comment avez-vous essayé de les américaniser ? Après tout, dans le film, le véritable héros, c’est Wang-Chi – le personnage interprété par Dennis Dun – tandis que Jack Burton pourrait être considéré comme son sidekick…


JC : C’est exactement ça. Sauf que Jack Burton ne s’en rend absolument pas compte dans le film. Si vous regardez bien la façon dont Kurt Russell l’interprète dans le film, vous remarquerez qu’il imite John Wayne. C’est un personnage qui se la raconte. Et Kurt le joue comme une sorte de John Wayne, mais complètement idiot. C’est ce qui est drôle. 


J & S : L’emploi de Kurt Russell vous a semblé évident dans ce rôle ? 


JC : Évident, non. Mais le studio voulait vraiment que Kurt Russell soit la tête d’affiche du film, et comme vous le savez, j’adore travailler avec lui. Donc, c’était facile.


J & S : Pourtant, il me semble que le studio n’a pas apprécié le résultat final, non ?


JC : C’est surtout que les exécutifs du studio ne s’attendaient pas à ce qu’on leur livre une comédie de ce genre. Je crois qu’ils s’attendaient plutôt à un film comme Les Aventuriers de l'arche perdue, alors que nous avons fait quelque chose de très différent. Ils n’aimaient pas le fait que Kurt Russell soit le sidekick. Ils voulaient que ce soit le héros du film. Donc ils m’ont fait tourner ce prologue un peu hors sujet dans lequel Victor Wong s’adresse à un avocat et vante les mérites de Jack Burton. Mais en toute honnêteté, le prologue n’a rien changé à la situation. Le résultat correspond exactement à ce que je voulais faire, donc tout va bien.


entretien-avec-john-carpenter-une-question-de-reflexes

J & S : Toutefois, Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin est un véritable film d’arts martiaux, avec beaucoup de cascades et de combats. Là encore, vous vous êtes inspirés des grandes chorégraphies câblées de Yuen Woo-ping, par exemple ?


JC : Sur notre film, c’est Jeff Imada qui a réglé les cascades, et nous avons été bien plus prudents sur les plateaux. À Hong Kong, les artistes martiaux sont suspendus à des câbles qui sont tenus à bouts de bras ! Nous, nous avions davantage de matériel pour faire planer les cascadeurs de manière plus sûre. Quand vous regardez le cinéma d’arts martiaux en provenance de Hong Kong, vous hallucinez sur les cascades et sur ce que les réalisateurs parviennent à obtenir à l’écran. Mais ce que l’on ne vous dit pas, c’est qu’il y a énormément d’accidents et beaucoup de cascadeurs sont gravement blessés. Donc, nous avons essayé de reproduire ce genre de séquences, mais à l’aide de techniques différentes, de la coordination des cascades aux effets spéciaux, en passant par des trampolines, tout ce que vous pouvez imaginer.


La suite de l'entretien à découvrir dans hors-série Video Pizza !