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Lost, l'épisode final : comment te dire adieu ?

On le savait. Un jour, nous allions dire adieu à Jack, Sawyer, Kate. Un jour, il nous faudrait partir de l’île, sans un regard en arrière. Mais avant, nous nous devions de vivre la plus grande, folle, et belle aventure qu’il nous ait été donné de viv
Lost, l'épisode final : comment te dire adieu ?

Texte tiré du livre Les 51 Plus Grands Moments de la Télévision Américaine.

On le savait. Un jour, nous allions dire adieu à Jack, Sawyer, Kate. Un jour, il nous faudrait partir de l’île, sans un regard en arrière. Mais avant, nous nous devions de vivre la plus grande, folle, et belle aventure qu’il nous ait été donné de vivre devant notre télévision.


Ici et là, certains, à l’occasion, voudront débattre, se plaindre, faire preuve de mauvaise foi, ou citer The Wire. Mais nous le savons: Lost est la plus grande série de tous les temps. Une oeuvre gigantesque, majeure, importante. Il y a des ours, une île, une trappe, les Autres. Mais il y a avant tout des personnages, que nous apprenons à connaître au fur et à mesure des six saisons que compte la création de JJ Abrams reprise en main par Damon Lindelof et Carlton Cuse. Voir dans ce final une absurdité (“c’est n’importe quoi !!”), une trahison (“ils nous avaient promis qu’il n’y aurait pas de purgatoire !”) ou une absence (“Et Walt ils ne nous expliquent même pas ?!”), c’est se noyer dans des considérations stupides, perdre son temps, et en même temps, de vue l’essentiel.

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Et pourtant, c’est peu dire que cette ultime scène, ce dernier acte, divisa et continue de diviser, cinq années après sa diffusion. Pour certains, ce final est la blague ultime d’une série au moins aussi perdue que ses personnages. D’autres, comme le sériephile Matthieu Gayet, avouent qu’il est “compliqué de faire le bilan de la série sans admettre que c'était un joyeux bordel. Pur défenseur de Cruse & Lindelof, je me suis laissé porté, saison après saison, par leur envie d'offrir un gros puzzle fantastique. J'admets volontiers qu'à la fin, on se dit forcément qu'ils se sont amusés sans vraiment avoir de grand plan en tête. Mais Lost c'était un pur délire de geek, rempli de mystères, de fumée qui hurle, de trappes avec des numéros, et Charles Trénet à un moment”. Ailleurs, le théoricien pop Pacôme Thiellement, auteur de l’ouvrage Les Mêmes Yeux que Lost, évoque “le mystère non résolu, au cœur des plus beaux textes de Henry James, comme L’image dans le tapis ou La bête dans la jungle. Je dirais presque que leur moteur est l’équivocité totale : quand tu en sors, tu en sais moins que quand tu y es rentré. Au bout de Lost, la déception est plus sèche encore,  mais c’est un échec qui vaut toutes les réussites. Il faut apprendre à accepter la série comme un apprentissage de la déception positive : plus on cherche des réponses, plus on cède aux propositions qu’elle propose, plus on se fait balader. Des millions de personnes ont fait les frais de cette pédagogie de la question sans réponse et une grosse majorité d’entre eux a été très en colère quand la série s’est terminée sans les soulager des mystères. Ce qu’ils n’ont peut-être pas tout à fait saisi, c’est que la série les a changé malgré eux”. Vrai. Tellement, terriblement vrai.


Lost exigeait, évidemment, une certaine suspension de crédulité. Mais n’est-ce pas là l’essence même du cinéma, de la télévision, de la fiction ? Pourquoi chercher la vraie vie, le réel ? Une île à déplacer, des personnages immortels, des changements de corps… Nous ne sommes pas dans 24, autre série culte des années 2000, et pourtant, tout le monde semble accepter plus ou moins facilement l’indestructibilité de Jack. Pourquoi dès lors rejeter cette part de fantastique ? Parce que les scénaristes inventeraient au fur et à mesure. Comme si cela n’était pas le cas de chaque série. Et par ailleurs, c’est à la fin de la saison 3 qu’il fut décider de boucler l’aventure après la sixième. Le sprint final sera maîtrisé à chaque seconde, chaque plan, chaque scène.


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Mais revenons à l’essentiel: Lost, encore une fois, n’est pas une série surnaturelle, mais une série humaine. Nous sommes Charlie, et Sun, et Claire. Nous sommes la somme de ces personnes avec lesquelles nous avons vécu nos plus belles émotions, les plus intenses, depuis six années. Alors, quand Jack arrive à l’église, que son père est là, le prend dans ses bras, puis l’emmène dans cette autre pièce, on craque. On pleure. “Not leaving, no. Moving on”. Chaque mot sonne juste. Chaque sourire, chaque accolade, chaque geste a un sens. S’ils étaient sur cette île pour se connaître, et se retrouvent devant cet autel une derrière fois, nous, téléspectateurs, sommes là pour dire Au Revoir. Peut-être, et on l’espère, que la mort, la vraie, ressemble à cela. Peut-être qu’avant de s’envoler pour de bon, on retrouve dans un ultime moment ceux qui ont compté pour nous.


L’ultime épisode, l’ultime scène de Lost, raconte la mort d’une série tout en célébrant la vie. Une vie qui ne sera plus jamais la même désormais.


Nico Prat


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