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Idiocracy : quand la fiction devient réalité

Mike Judge est un grand désespéré. La bêtise le consterne. La lâcheté le désole. La méchanceté le navre. Mais, par chance, il aime en rire avec un humour acerbe et grinçant. Ce qui n’en fait rien de moins qu’un des meilleurs satiristes actuels.
Idiocracy : quand la fiction devient réalité

Mike Judge est un grand désespéré. La bêtise le consterne. La lâcheté le désole. La méchanceté le navre. Mais, par chance, il aime en rire avec un humour acerbe et grinçant. Ce qui n’en fait rien de moins qu’un des meilleurs satiristes actuels.


Que ce soit le travail de bureau dans Office Space, le monde industriel dans Extract, la vie de banlieue, King of the Hill et Beavis and Butthead, ou encore l'économie 2.0 dans Silicon Valley, Judge s'attache avant tout à retranscrire fidèlement l'univers qu'il décrit en exagérant le moins possible... De sorte que s'il est plus facile de s'identifier aux protagonistes, il est également plus difficile d'éluder la critique sociale.


Néanmoins, si toutes ses œuvres pointent les défauts de la société actuelle, aucune ne possède la charge pamphlétaire d’Idiocracy.

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À l'origine intitulé 3001, le film révèle la prochaine étape de l'évolution humaine selon Mike Judge : un futur dystopique où le niveau intellectuel a tellement régressé que le monde est peuplé de crétins congénitaux, abrutis par des programmes télé idiots, agrémentés de publicités graveleuses. De la politique à l'agro-alimentaire en passant par le cinéma, personne n'échappe au mordant du réalisateur. À coups d'hyperboles et d'exagérations, il dessine une société où l'assouvissement des plus bas instincts et le moindre effort priment sur la réflexion et l'intellect.


En plongeant deux personnes « moyennes » issues de notre présent dans ce futur crétinisé, Judge force l'identification du spectateur à ses deux héros. Il faut alors tout le talent comique du réalisateur pour désamorcer les situations les plus oppressantes – le potentiel anxiogène de la séquence du procès est over 9000 – et les transformer en scènes comiques.


Contrairement à la plupart des références du genre (Dumb and Dumber, Step Brothers, Zoolander, etc.), Idiocracy ne plonge pas un ou plusieurs protagonistes crétins au milieu de personnes normales, mais deux protagonistes normaux au milieu d'une planète peuplée de débiles. En versant les codes habituels du genre, Mike Judge livre ainsi le dumb movie ultime.

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Le résultat est une surenchère de gags où chaque scène introduit de nouveaux personnages plus crétins et plus drôles que les précédents. Du médecin débile joué par Justin Long aux gardiens de prison au QI d'huître, en passant par le personnage over-the-top de Dwayne Elizondo Mountain Dew Herbert Camacho (rien que le nom !), catcheur, porn-star et président des Etats-Unis incarné par un Terry Crews on fire, Idiocracy enchaîne les situations et les dialogues hilarants et éminemment « quotables ».


Ce qui ne rend pas le film moins effrayant. Regardez Idiocracy une seule fois et il vous sera difficile de ne pas répéter « It's got electrolytes » à chaque pub pour une boisson énergétique, de ne pas penser à « Ow ! My Balls ! » en regardant Jackass ou de ne pas demander un Full Body Latte au Starbucks.


Mais un samedi soir n'étant peut-être pas le meilleur moment pour s’inquiéter des prédictions de Mike Judge, on se contentera de revoir Idiocracy... brought to you by Carl's Jr !


Texte issu du livre Rockyrama - 101 films à regarder le samedi entre amis