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VHS, musique et cinéma Asiatique... notre rencontre avec John Carpenter

John Carpenter ? Encore ? Oui encore. Toujours. Nous avions encore quelques questions à poser à celui que l’on nomme avec justesse, et même si c’est réducteur, le « Master of horror ». Il a bien voulu répondre, du coup on partage avec vous ce bonheur
VHS, musique et cinéma Asiatique... notre rencontre avec John Carpenter

John Carpenter ? Encore ? Oui encore. Toujours. Nous avions encore quelques questions à poser à celui que l’on nomme avec justesse, et même si c’est réducteur, le « Master of horror ». Il a bien voulu répondre, du coup on partage avec vous ce bonheur intense. Oui nous aimons John Carpenter, même ses défauts.


INTERVIEW.


Johan Chiaramonte : Que pensez-vous de ces groupes de musique qui disent : "John Carpenter est l'une de nos influences majeures" ?


John Carpenter : Oh ce que je dis c'est que c'est génial. Mais, pourquoi ? C'est très gentil, je suis très flatté par ça. J'ai pris beaucoup de plaisir à faire ces musiques durant toutes ces années, j'ai travaillé dur sur celles-ci. Mais elles sont faites pour mes films, pas forcément pour autre chose, pas pour faire danser les européens (rires).


Johan : Vous avez une formation de musicien, vos musiques sont créées pour vos films, mais pensez-vous que vous auriez pu faire un album uniquement pour la musique ?


John : Je n'y ai jamais pensé, parce que la façon dont je travail la musique est obligatoirement orientée vers mes films. Je synchronise ma musique et mes images si je puis dire, je m'assois devant mon écran et j'improvise sur les images.


Johan : Vous improvisez toujours devant les images ?


John : Oui, par exemple pour Halloween j'ai tout fait moi-même, parce que nous n'avions pas d'argent. Mais le style de la musique dépend aussi des images que j'ai devant moi. Mais quel genre de musique voudriez-vous que je fasse ?


Johan : Pardon ?


John : Quel genre de musique voudriez-vous que je fasse ?


Johan : J'aime la texture de vos sons, les mélodies…


John : Oui d'accord mais ça ne m'aide pas. Quel genre de musique ? Musique de film ? Dance music ? Rap ?


Johan : Non ! Une musique de film. Ce qui pourrait être intéressant c'est de créer une musique de film dont le film n'existe pas.


John : Oh ! Une musique pour un film que je n'ai jamais réalisé ? Oui… Très bonne idée. Je vais le noter (il écrit sur un bout de papier). Est-ce que je dois vous payer si je fais ça ?


Johan : C'est gratuit.


John : Ah… Merci (sourire).

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Johan : Lorsque vous avez commencé à composer vos musiques, quelles étaient vos influences ?


John : J'avais beaucoup d'influences. Je suis un fils de violoniste, j'ai toujours baigné là-dedans. J'ai grandi avec la musique classique. J'ai aussi grandi avec la musique des 50's, la musique de film de l'époque. James Bernard (compositeur du studio Hammer entre autre) a eu une énorme influence sur moi. Bernard Hermann aussi était important pour moi. Ces compositeurs créaient une ambiance, c'était au-delà de la musique. Et j'ai eu ma période Beatles et Rolling stones.


Johan : En tant que réalisateur vos films ont toujours paru aller à contre courant, comment l'expliquez-vous ?


John : Je ne sais pas, "mauvais endroit au mauvais moment" comme on dit. 


Johan : Vous le pensez vraiment ?


John : Je ne sais pas… Mes films ont eu une autre vie en VHS, les gens les ont découverts à la location pour la plupart. C'est là qu'ils sont devenus populaires. Finalement le seul film qui a rencontré son public en salle c'est Halloween. J'étais perdu dans mon propre monde… Perdu dans mon propre monde…


Johan : Dans les 80's on a vu revenir des héros américains invincibles. Pensez-vous qu'après le Vietnam et les 70's le pays avait besoin de Stallone et Schwarzenegger ?


John : Oui, définitivement. Vous avez raison. 


Johan : Mais les studios voulaient ça, ou c'est le public qui en avait besoin ?


John : C'est arrivé simultanément. Le public le voulait vraiment, il avait besoin de se sentir bien de nouveau. 


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Johan : Vous avez été influencé par le cinéma Asiatique ?


John : Oui carrément, c’était magique dans les années 70 quand ces films sont arrivés aux USA ! Ces films étaient fous, les gens pouvaient voler, c’était fun.


Johan : Parlons un peu de Jack Burton justement, pouvez-vous nous rappelez quelle était l’idée de départ ?


John : BIG TROUBLE IN LITTLE CHINA était à l’origine un western. Un cowboy, Jack Burton donc, devait s’infiltrer dans le Chinatown à San Francisco pour récupérer son cheval qui lui avait été volé. La version à l’écran est une vision moderne en fait. Mais tout se déroulait de la même manière, Burton allait devoir « visiter » les sous-sols de Chinatown et faire de mystérieuses rencontres…


Johan : Jack Burton est un « working class hero », une sorte de « Mr tout le monde ». Quel est son passé ?


John : Je me garderai bien de vous le dire, c’est top secret. Et puis il ne faut pas révéler trop de mystères non ?


Johan : Quelle était votre connaissance des films chinois à l’époque ? Des films comme Five Fingers of Death ?


John : J’aime particulièrement Five Fingers of Death. J’aime les films chinois depuis les années 70. Ils ont quelques chose d’innocent malgré la violence qu’ils dégagent. Et puis c’était nouveau, on avait jamais vu ça. J’étais fasciné.

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Johan : Aujourd’hui avec le recul, on s’aperçoit que vous étiez le premier réalisateur américain, bien avant Tarantino ou les Wachowski, à regarder vers Hong Kong et son cinéma, aviez-vous conscience d’être en avance ?


John : Je n’ai jamais regardé vers le futur. Mais je suis fier d’avoir réalisé le premier combat au sabre dans les airs dans un film américain.


Johan : On sait que le studio voulait créer son Indiana Jones avec Jack Burton, quelle était votre intention ?


John : Dans BIG TROUBLE IN LITTLE CHINA, Jack Burton est un side kick. Il a la rage, il trébuche, il se relève, mais il est aussi complètement à côté de la plaque. C’est comme ça que je le voulais. Le studio lui, voulait un héros d’action conventionnel. Mais surtout je voulais que les chinois soient intelligents et que mon héros américain soit un peu stupide. Kurt me connaissait suffisamment pour me faire confiance, on a fait de Jack Burton un idiot, oui. 


Johan : Est-ce que l’on peut dire que Jack Burton est à part dans votre filmographie ? Il ne comporte pas de message politique.


John : Tous mes films ne sont pas forcément « politiques » ou engagés socialement. Jack Burton fait parti de ceux-là, oui.


Johan : Est-ce que vous vous êtes dit à ce moment-là : « Maintenant on va s’amuser ! »


John : Oui, absolument. C’est ma fête foraine.


Johan : Aviez-vous une suite en tête ?


John : Non. 


Johan : Finalement, est-ce qu’on peut dire qu’il y a un peu de Jack Burton en chacun de nous ?


John : Oui, définitivement.


Interview par Johan Chiaramonte

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