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Nous avons rencontré Steve de Jarnatt, le réalisateur de Miracle Mile

Une interview du réalisateur de Miracle Mile sur son histoire d’amour, de sieste prolongée et d’holocauste nucléaire.
Nous avons rencontré Steve de Jarnatt, le réalisateur de Miracle Mile

Dans le film After Hours de Martin Scorsese, l’informaticien Paul Hackett vit très probablement la nuit la plus longue de sa vie. Pourtant, sa soirée avait commencé sous de très bons auspices. Après avoir rencontré une femme plutôt séduisante dans un café et s’être découvert avec elle un amour commun pour Henry Miller, il parvient à obtenir son numéro de téléphone. Mais au cours de sa soirée, Paul subit une suite interminable de mésaventures, allant de l’envol par la fenêtre de son unique billet en pleine course de taxi à l’affichage de son portrait à tous les coins de rue par une surveillance de voisinage zélée, en passant par sa transformation en statue de plâtre – et tout un tas d’autres péripéties clairement plus sordides. 


À l’image d’After Hours, auquel il est fréquemment comparé, le film Miracle Mile (Appel d’Urgence) de Steve de Jarnatt raconte l’histoire d’une nuit placée sous le signe de la malchance. Sauf qu’en lieu et place de la ville de New York, le film se déroule sous la chaleur étouffante de Los Angeles. Aux bâtiments industriels de SoHo se substituent les palmiers et les La Brea Tar Pits, un gisement de fossiles du Pléistocène supérieur où se déroulent plusieurs moments-clés du film. En outre, le personnage ne se contente pas de vivre une série d’infortunes plus absurdes les unes que les autres : aux alentours de 4 heures du matin, il apprend qu’une pluie de missiles nucléaires doit s’abattre sur la ville, d’ici 1 heure et dix minutes. 


Miracle Mile raconte l’histoire d’Harry Washello, un joueur de trombone tout à fait banal qui cherche l’âme sœur. Il la trouvera finalement en la personne de la serveuse Julie Peters, rencontrée au détour d’un musée. Après lui avoir donné rendez-vous à la fin de son service, Harry s’endort, sans se douter que la cigarette qu’il vient de jeter par la fenêtre a enflammé le nid d’un oiseau et coupé l’électricité de son hôtel. Quatre heures après l’heure convenue, Harry se réveille et se précipite au diner de Julie, où il ne reste plus que quelques couche-tard, deux ouvriers, un travesti et une femme d’affaires. Le téléphone d’une cabine voisine sonne, et Harry décroche pour tomber sur un appel qui ne lui est absolument pas destiné. Quelque part dans le Dakota du Nord, un homme paniqué lui annonce qu’un missile s’apprête à tomber sur l’Union Soviétique et qu’un tir de représailles devrait bientôt arriver en Amérique, avant de se faire froidement abattre. À ce moment débute un enchaînement de situations à la fois gênantes, drôles et terrifiantes, où Harry sème le chaos sur son passage sans savoir si la guerre nucléaire qu’il annonce arrivera vraiment ou non. 


Cet excellent film qui a bénéficié d’à peine quelques semaines d’exploitation en salles a quelque chose d’unique. Tout d’abord, l’histoire de sa conception : lorsque Steve de Jarnatt en a écrit le scénario en 1979, il ne se doutait probablement pas du fait que les studios rechigneraient à le laisser réaliser un film aussi ambitieux. Après huit ans de lutte et de rendez-vous avec des producteurs récalcitrants, de Jarnatt a finalement réussi à obtenir ce qu’il voulait. Malgré un budget relativement faible, son film frôle la perfection et distille les peurs les plus sombres de toutes les générations ayant vécu durant la Guerre froide. Aussi, il est servi par une très bonne bande originale de Tangerine Dream et un casting attachant, porté par Anthony Edwards qui venait tout juste de se départir de la moustache homoérotique qu’il arborait dans Top Gun. Depuis ce film, le réalisateur Steve de Jarnatt s’est fait plutôt discret – probablement parce qu’il n’a pas spécialement envie de réitérer l’expérience. Il a quand même gentiment accepté de revenir sur ce long combat que fut la concrétisation de Miracle Mile, ainsi que ses autres projets.

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Rockyrama : Vous avez grandi au beau milieu de la Guerre froide – à quel point cela a-t-il influencé votre vie et l’idée du script de Miracle Mile ? 


— Steve De Jarnatt : Ma génération était absolument convaincue que nous allions tout périr en raison d’un conflit nucléaire entre l’URSS et les États-Unis, et cette peur a alimenté nombre de mes cauchemars. Même à l’école, on nous enseignait à plonger pour se couvrir et à nous préparer pour le jour où il ne resterait plus rien sur Terre. Miracle Mile m’a permis d’exorciser ces cauchemars – et d’une certaine manière, je voulais aussi tenter de réveiller le reste du monde. Maintenant que la Guerre froide est terminée, la plupart des gens se disent que ce type de situations ne pourrait plus vraiment arriver ; pourtant les missiles sont toujours pointés vers nos pays respectifs, et une simple erreur de communication suffirait à déclencher l’apocalypse. Il y a peut-être même plus de chances que cela arrive aujourd’hui. 


À l’époque, il y avait déjà eu pas mal de films sur la menace nucléaire. Certains vous ont-il inspiré ?


— Oui, par exemple les films Point Limite, Dr. Folamour et Le Dernier Rivage. J’ai commencé à écrire mon script en décembre 1979, et j’ai passé la majeure partie de la décennie 1980 à essayer de concrétiser le film. J’ai aussi été inspiré par des films comme La Dernière Vague de Peter Weir, où le personnage principal est le seul à savoir que le monde touche à sa fin, le tout dans une ambiance un peu hitchcockienne. 


J’ai quand même le sentiment que peu de films sur le sujet comportent une histoire d’amour similaire à celle de Miracle Mile.


— C’est vrai qu’au début, le film est très mielleux. On a l’impression d’avoir affaire à une histoire d’amour un peu ringarde, et c’est sans doute pour ça que la fin paraît aussi sombre en comparaison. Beaucoup de personnes ont trouvé ça admirable, mais elles voulaient la changer quand même – la plupart des films ne finissent pas comme ça. Mais à mes yeux, c’était la manière la plus romantique de raconter une telle histoire. C’est la fin du monde pour tout le monde, et dans ce type de situation, l’amour est la seule chose qui nous reste.


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Votre script a été sélectionné parmi les meilleurs scénarios non-aboutis par American Film Magazine. Quels réalisateurs étaient pressentis pour le concrétiser ?


— En réalité, le film a été développé pour que je le réalise. Quand j’ai écrit le script, j’avais déjà acquis une certaine crédibilité en tant que réalisateur grâce à mon court-métrage en noir et blanc Tarzana. En quelque sorte, Miracle Mile était un film de l’American Film Institute, mais je venais tout juste de lâcher l’école. J’ai eu la chance d’ y étudier avec des camarades de classe incroyables, comme John McTiernan, Ed Zwick, Marshall Herskovitz, Stuart Cornfeld et Rick McCallum, le producteur de George Lucas. C’était une opportunité assez folle de pouvoir étudier dans un manoir gigantesque à Beverly Hills, où on pouvait fréquemment croiser Charlton Heston. Mais je tenais vraiment à faire mon propre truc, et c’est pour cette raison que j’ai bossé sur Tarzana. Quand le film est sorti, ma carrière hollywoodienne a vraiment commencé et j’ai reçu beaucoup de propositions. À un moment, on m’a proposé de réaliser Pee Wee Herman, ainsi qu’un film sur des Hell’s Angels dans lequel je voulais faire jouer Mickey Rourke. Malheureusement, aucun de ces projets n’a abouti. J’ai dû refuser quelque chose comme 30 films. Je ne voulais vraiment pas faire le mec arrogant en refusant toutes ces opportunités, j’avais juste très envie de réaliser Miracle Mile. 


J’ai parlé de l’idée générale de Miracle Mile à Warner Bros et ils l’ont bien aimée. Ils m’ont demandé de rédiger le script et ont apprécié mon boulot, mais je savais qu’ils voulaient changer pas mal de choses. Du coup, j’ai préféré le réécrire moi même – ils m’ont ensuite proposé pas mal d’argent pour que je le leur cède, mais ils tenaient à ce qu’une personne plus établie le réalise. Je crois que j’ai dit que j’accepterais que George Miller (qui venait tout juste de sortir Mad Max 2) le fasse, mais ça ne s’est pas concrétisé.


Qu’est-ce que Warner Brothers voulait changer ?


— J’ai appris un peu plus tard qu’ils avaient émis l’idée d’en faire un segment du film La Quatrième Dimension. À la fin, ils voulaient que le personnage principal se réveille et réalise que tout cela n’était qu’un mauvais rêve – et la situation se serait reproduite juste après. À l’époque, je n’avais aucune envie de faire de compromis, je tenais absolument à garder ma fin. Beaucoup de gens ont été considérés pour le rôle de Harry Washello – il a failli être joué par Kurt Russell, Nicolas Cage, Sting et quelques autres. Au final, je suis ravi qu’on ait choisi Anthony Edwards, qui avait pas mal la cote depuis Top Gun. On s’est débrouillé pour faire le film avec un budget de 3,7 millions de dollars. C’était assez dur de s’en sortir avec un budget aussi limité et le processus de post-production a été particulièrement pénible, mais j’ai réussi à faire exactement ce que je voulais.


Juste avant Miracle Mile, j’ai réalisé (mais pas écrit) le film Cherry 2000. Je suis content que des gens l’apprécient encore aujourd’hui, mais ce n’était pas un très bon choix de carrière. Ma valeur sur le marché d’Hollywood a gravement chuté après ça. On m’a quand même proposé quelques films après la sortie de Miracle Mile, mais j’avais investi tout mon argent dans mes films précédents. C’est dans les années 1990 que j’ai finalement décidé de gagner ma vie – après ça, j’ai écrit 15 pilotes, bossé sur différentes séries télé et bien failli devenir créateur de série.

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D’ailleurs, c’était comment de travailler pour X-Files ? Et de retrouver Anthony Edwards sur le tournage d’Urgences ?


— J’ai intégré l’équipe de X-Files au début de leur deuxième année. Avant ça, j’avais aussi écrit deux pilotes de séries, et l’un d’eux "Planet Rules" a été retenu par Fox Network. J’ai eu l’occasion d’y officier en tant que réalisateur et producteur exécutif, et d’embaucher mon directeur de photographie Theo Van de Sande, qui a fait du très bon travail sur Miracle Mile. J’ai beaucoup aimé le résultat, et la série a bien failli voir le jour. On avait embauché John Hawkes pour jouer l’un des personnages principaux. Ça parlait d’un groupe de rock au sommet de sa gloire, mais qu’on ne voyait jamais jouer – une sorte d’Entourage avant l’heure. J’ai pu réaliser quatre pilotes, ce qui m’a permis de me faire une place dans le milieu télévisuel (et c’est un peu l’endroit où il faut être, de nos jours). J’ai pu écrire, réaliser et produire 75 épisodes de diverses séries. Et pour ce qui est d’Urgences, bosser avec Tony et George Clooney était vraiment une expérience formidable.


Pour en revenir à Miracle Mile, vous dites avoir réécrit le script à un moment donné. Qu’est-ce qui a changé ?


— Le script original avait un personnage principal un peu plus vieux : un type de 45 ans qui se rend à Los Angeles pour un concert avec son groupe de swing, et qui n’a pas vu sa femme depuis 15 ans. Si quelqu’un émet un jour l’idée de faire un remake – même si je n’aimerais personnellement pas m’en charger –, je leur conseillerais de revenir au script original. Ce n’est pas forcément nécessaire de mettre en place une histoire d’amour pour que le film marche. C’est moins onirique et peut-être un peu plus tragique, mais c’est ce que je suggérerais.


Les studios vous ont-ils soumis d’autres changements ?


— Ils ne voulaient rien me faire changer d’autre sur le script, mais je crois qu’à un moment, un missile était censé atterrir à six pâtés de maison des héros sans se déclencher. De cette manière, le personnage aurait continué à se demander : “Suis-je en train de rêver ? Est-ce que c’est vraiment la fin du monde ?”??Le Blu-Ray comporte une fin alternative sur laquelle je n’arrivais pas vraiment à me décider. La lumière blanche qui conclut le film se transforme en deux diamants, qui tourbillonnent à l’écran. John Daly, le boss d’Hemdale qui a financé le film, a d’ailleurs choisi de laisser cette fin de côté parce qu’il la trouvait trop optimiste. C’est franchement rare de voir un mec à la tête d’un studio opter pour la fin la plus sombre.


J’ai aussi vu que vous aviez envoyé un exemplaire du script à Carl Sagan, qui est d’ailleurs cité dans le film quand les personnages se préparent déjà à l’après-apocalypse. C’est vrai ?


— Oui, au début du film, on peut voir une vidéo sur l’histoire de la vie sur Terre. Je tenais à avoir une sorte de flashback retraçant notre histoire, et j’ai fini par la trouver dans la série scientifique Cosmos. On a rédigé une voix-off pour Carl Sagan, et il y a sincèrement songé mais ça ne s’est pas fait non plus. Pour l’anecdote, dans les années 1970 je travaillais dans la salle de montage des Moissons du Ciel avec Terence Malick, qui bossait sur une séquence un peu similaire. Et c’est de cette séquence qu’est né le film Tree of Life. Il était déjà prêt à faire son film, avec un financement et une équipe sur lesquels compter – mais il est parti à Paris pour réécrire le script et a plus ou moins disparu pendant 13 ans. Je suis vraiment content qu’il se soit remis à faire des films, il a vraiment un talent très singulier.?


Pour en revenir à Miracle Mile, j’ai aussi songé à embaucher le présentateur Walter Cronkite pour une scène de fin, quand on réalise que c’est vraiment la guerre. Vous le connaissez ?


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Son nom me dit quelque chose, mais rien de plus.


— À l’époque où les journalistes faisaient vraiment leur boulot, Walter Cronkite était la voix de la raison – il donnait des informations de manière objective, mais avec passion et autorité. C’était un peu comme voir son grand-père en direct à la télévision. Quand on regardait les infos, on y croyait vraiment – elles n’étaient pas dictées par l’agenda politique de qui que ce soit. En gros, j’ai écrit une scène où le journal télévisé se déroule tout à fait normalement, puis Walter arrive à l’antenne et annonce la fin du monde. Je voulais qu’il s’arrête brusquement en disant “Et puis merde”, avant d’exploser en sanglots. Je suis triste que ça ne se soit pas fait non plus.


Vous sembliez tenir particulièrement à ce que le film se déroule à Los Angeles. Pour quelles raisons ? Comment avez-vous choisi les lieux de tournage ?


— J’ai grandi dans une petite ville de l’État de Washington avant de venir étudier à Los Angeles. C’est là que j’ai découvert les La Brea tar pits – ces espèces d’amas de matières visqueuses qui trônent au beau milieu de la métropole m’ont toujours fasciné. J’aimais l’idée que mes deux personnages se rencontrent dans un musée rempli de créatures disparues et qu’ils discutent près de ces puits de goudron où émergent des bulles de gaz. J’aimais aussi le fait qu’ils terminent englués à l’endroit où ils se sont rencontrés, pour être éventuellement déterrés un millénaire plus tard et placés dans un musée – je trouvais qu’il y avait une belle symétrie dans tout ça.


J’ai lu que vous aviez écouté la bande-originale du Convoi de la Peur pendant que vous écriviez le scénario. Vous vouliez que Tangerine Dream compose votre B.O dès le début ?


— Effectivement, j’ai écouté cette bande-son en boucle, et j’ai eu une chance monstre de pouvoir engager Edgard Froese – qui est décédé l’année dernière – et Paul Haslinger, qui vit à Los Angeles et est devenu un très bon ami. La B.O. de Miracle Mile faisait partie de leurs préférées. Je rêvais de les avoir, mais je n’étais pas sûr qu’ils acceptent. Je trouve que leur musique confère vraiment un pouvoir durable au film. On sent très clairement que c’est un film des années 1980. Je plaisante souvent sur le fait que je n’y changerais presque rien aujourd’hui, et que je me contenterais d’ajouter quelques images de synthèse et de changer la coiffure de Mare Winnigham (qui ressemblait à une brosse à dents, ou un truc du genre). Ses costumes étaient un peu datés, aussi. Ça me crispe quand je revois le film, mais j’embrasse aussi ce côté un peu négligé des années 1980.


À la toute fin du film, on peut entendre une sirène d’alerte aérienne après le générique. Vous vouliez que les spectateurs aient peur jusqu’au bout ?


— Les gens ne restent plus trop après les génériques, mais en gros, je voulais qu’ils entendent l’alarme sonner au moment où ils sortent du cinéma. Les versions DVD ne l’ont pas inclus. À Los Angeles, il y a des hauts-parleurs un peu partout et j’ai songé à en utiliser pour diffuser l’alarme et faire un peu de promotion – mais j’aurais sans doute fini en prison [rires].


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Vous avez dédicacé votre film à Dr. Biobrain – c’est qui, au juste ?


— Les gens pensent toujours que c’est mon psy ou quelque chose du genre, mais c’est tout simplement mon chat !  


Depuis, Miracle Mile a été érigé au rang de film culte. D’après vous, pourquoi n’a-t-il pas rencontré le succès escompté à sa sortie ? 


— Je l’ai écrit avant que de gros films sur la menace nucléaire ne sortent. Peut-être que si je l’avais réalisé en 1982, avec un budget décent et Paul Newman dans le rôle principal, il aurait mieux marché. Qui sait ? Mais je ne peux pas me plaindre de sa sortie au cinéma. Il a été diffusé dans des grands cinémas à Los Angeles comme à New York, présenté comme un film d’action dans des publicités à la télé et sur des panneaux d’affichage. Il me semble que dans le générique du film Mélodie pour un meurtre, on le voit sur une marquise à Time Squares. Il a bien marché pendant deux semaines, puis Jusqu’au bout du rêve est sorti et c’était terminé. Encore une fois, je n’ai pas à me plaindre. On a réussi à faire quelques bénéfices. Et même si je n’ai pas trop aimé la version DVD, je suis très satisfait du Blu-Ray sorti l’été dernier.


Vous avez eu de bons échos ? Le film s’est-il trouvé un nouveau public ? 


— Je continue de trouver de nouvelles critiques très positives, et c’est vraiment chouette. Quand le film est sorti, c’était plus mitigé – des gens m’ont encensé et d’autres m’ont descendu. J’ai vu que des gens détestaient viscéralement le film, et je comprends pourquoi on peut en sortir déprimé ou frustré, mais je n’irai pas jusqu’à dire que c’est le pire film jamais réalisé ! Mais bon, c’est Internet, j’imagine. C’était marrant, et Cherry 2000 a aussi reçu des critiques positives – c’était une expérience très différente pour moi de débarquer sur le projet de quelqu’un d’autre, et au final le film est encore plus fou et ancré dans les années 1980 que Miracle Mile, mais des gens en sont fan et j’en suis très heureux. Oh, et j’ai aussi une raison de plus d’être ravi de ce Blu-Ray – lors de sa conception, mes deux acteurs principaux Anthony Edwards et Mare Winningham se sont retrouvés pour une interview, et ils sont tombés amoureux. Ils sont aujourd’hui en couple dans la vraie vie. C’est merveilleux. 


J’ai aussi vu que vous travailliez sur un projet au sujet de la Foire internationale de New York de 1939, vous pouvez m’en dire un peu plus ? 


— Au départ, c’était un projet de film que je devais réaliser après Miracle Mile. J’avais même acheté une maquette de la Foire, mais le script n’en finissait pas. Il faisait déjà 300 pages et j’étais à peine à la moitié de l’histoire, et puis je finissais toujours par revenir bosser pour la télévision. À croire que mes employeurs voulaient vraiment que je gagne de l’argent. Aujourd’hui, je ne suis pas sûr de vouloir refaire un film. Quand j’ai un projet de ce type, j’ai tendance à vendre tout ce que je possède et à m’ensevelir sous une montagne de dettes. Je pense que tous les réalisateurs devraient le faire une ou deux fois tant qu’ils sont encore jeunes, mais je n’ai plus trop envie de me nourrir exclusivement de pâtée pour chats. Mais peut-être que j’exhumerai ce projet pour en faire un roman pour jeunes adultes, ou quelque chose comme ça.


Depuis que vous avez arrêté les films, vous enseignez et vous écrivez beaucoup, comment ça se passe ? 


— J’apprécie vraiment mon boulot de professeur. Je travaille à l’Université de l’Ohio, dans le cadre du MFA Film Program. Nos étudiants viennent d’un peu partout dans le monde. En ce qui concerne la litérature, je suis tout nouveau dans le milieu. J’ai fait publier ma nouvelle Rubiaux Rising dans le recueil The Best American Short Stories en 2009. Je découvre encore cette nouvelle forme d’art, et je dois dire que je m’amuse beaucoup ! 


En fouillant les tréfonds d’IMDb, j’ai lu votre billet très élogieux sur Charlie Kaufman – d’après vous, quels sont les scénaristes les plus prometteurs du moment ?


— Je pense que Charlie Kaufman est un sacré génie. On peut vraiment identifier chacun des films qu’il a écrit. Il y a beaucoup de bons scénaristes et de réalisateurs, mais je trouve qu’ils sont parfois interchangeables. J’encourage particulièrement les films un peu étranges et imprévisibles – comme Under the Skin, Primer et Fish Tank – plus que n’importe quel film hollywoodien. Mais j’ai aussi apprécié le plus traditionnel Michael Clayton, qui est pas mal pour un premier film. J’attends aussi des types comme Martin McDonagh au tournant. J’espère vraiment que tous les blockbusters truffés d’effets numériques et que les suites de film finiront par mordre la poussière dans une gigantesque apocalypse cinématographique – et que de leurs cendres renaîtra un phénix porté par une nouvelle génération de réalisateurs qui feront découvrir de nouvelles manières de porter une histoire à l’écran.


Julie Le Baron


Une sortie DVD du film Miracle Mile est prévue en octobre 2017 chez Blaq Market.