Avatar : De feu et de cendres - L’Adieu aux armes
Joie et félicité ! Cette fois, les fans du cinéma de James Cameron n’ont pas eu à attendre 12 ou 13 ans pour voir un nouveau film du cinéaste, mais seulement trois !Joie et félicité ! Cette fois, les fans du cinéma de James Cameron n’ont pas eu à attendre 12 ou 13 ans pour voir un nouveau film du cinéaste, mais seulement trois ! Et Avatar : De feu et de cendres fait directement suite à Avatar : La voie de l’eau, tant et si bien qu’il vaut mieux avoir les enjeux du précédent film bien en tête avant de plonger dans celui-ci. Cela sous-entend que, si vous faites partie de ceux qui « n’en ont rien à foutre de ces grands êtres bleus », vous savez déjà que vous pouvez passer votre chemin ! Mais si vous vous êtes investi émotionnellement dans cet univers et ces protagonistes, alors ce troisième opus devrait résonner en vous. Premier avis à chaud.
Par Stéphane Moïssakis
Depuis la promotion d’Avatar : La voie de l’eau et jusqu’à aujourd’hui, James Cameron explique, non sans une certaine espièglerie, qu’il ne possède en réalité qu’une poignée d’idées qu’il s’amuse à recycler en boucle. Conscient de l’impressionnante imagination du bonhomme, il est évidemment permis de remettre cette déclaration en doute, sans la catégoriser comme de la fausse modestie pour autant. En effet, pour Cameron, il s’agit avant tout de justifier une méthodologie narrative en réalité complexe, qui consiste à faire que ses différentes suites se répondent comme des œuvres-miroirs par une série d’images-clés marquantes, dont il revigore les thématiques suivant les sentiments contradictoires de ses protagonistes. Ce processus a ceci de particulier qu’il implique les spectateurs dans le cœur du récit d’un pur point de vue sensitif, en lui remémorant constamment des images qui répondent déjà à certains sentiments pour y appliquer une nouvelle perspective. Par exemple, dans Terminator 2 : Le Jugement Dernier, le T-800 refait son apparition devant Sarah Connor avec le même ralenti iconique. Mais, cette fois, le spectateur a déjà conscience qu’il est là pour la protéger, et non l’éliminer. De même, dans Avatar : La voie de l’eau, quand le colonel Quaritch ressuscite dans le corps de son avatar, le cinéaste invoque le même point de vue que celui de Jack Sully dans le premier film, substituant l’émerveillement de l’un par la colère et la frustration de l’autre. Ce petit rappel méthodologique a son importance, étant donné que James Cameron l’applique sur une grande partie des nombreux fils narratifs qu’il a tissés depuis les deux premiers Avatar (et surtout le second), pour mener à terme cette première conclusion de sa grande saga (à ce que l’on sait, les prochaines suites se dérouleront quarante ans plus tard). En ce sens, Avatar : De feu et de cendres est d’une densité narrative et thématique inouïe, tant les différents éléments se répondent désormais à travers les trois films.
Jouer avec le feu
Tentons justement de dérouler ses fils narratifs sans trop spoiler ce troisième opus : nouvelle arrivante de cette suite, l’incroyable personnage de Varang du clan des Mangkwan – le peuple des cendres – jette une ombre tenace sur le sentiment d’émerveillement provoqué par la découverte de Pandora. Sa volonté de brûler le monde trouve ici un écho dans sa relation très charnelle avec Quaritch, qui agit par ailleurs en miroir à celle entre Jake Sully et Neytiri dans le premier film. Si Jake découvrait la beauté de Pandora en tombant amoureux de Neytiri, Varang est quant à elle séduite par le potentiel destructeur des humains. Et justement, sans que les deux personnages ne se croisent vraiment dans le récit – tout juste l’espace de quelques scènes –, Varang nourrit le deuil que traverse Neytiri, dans le sens où elle offre aux spectateurs une sombre perspective de la façon dont celle-ci peut se laisser consumer par sa propre haine. James Cameron appuie d’ailleurs sur cette symbolique avec une remarquable intensité, lors d’un moment-clé de la problématique du trio Jake, Neytiri et Spider : en retrait, Neytiri se nettoie le visage obscurci par un camouflage qui renvoie à celui du peuple des cendres et prend conscience de son état en constatant les traces rougeoyantes sur ses mains, qui évoquent évidemment le sang versé. Le choix qu’elle va faire au terme de cette séquence majeure n’est que l’un des nombreux dilemmes qui frappent chacun des protagonistes majeurs de cette suite. La jeune Kiri (magnifique Sigourney Weaver dont on ne saluera jamais assez la prouesse d’une performance qui exige autant de vitalité) doit-elle chercher à comprendre – ou tout simplement accepter – sa relation avec Eywa ? Lo’ak et Payakan vont-ils transcender leurs statuts de parias et réunir tous les clans pour se défendre contre le génocide perpétré par les humains ? Quaritch est-il enfin séduit par la part de lumière des Na’vis et leur connexion au monde ? Jake Sully va-t-il accepter d’endosser le statut de traitre de la race humaine pour sauver son clan ? Tous ces différents questionnements nous amènent à quantité de séquences d’autant plus marquantes qu’elles trouvent en effet leur aboutissement logique dans la méthodologie narrative susmentionnée, parfois même au travers de la filmographie tout entière de James Cameron (des plans iconiques d’Aliens et des deux Terminator sont clairement cités à des fins très précises) et pas seulement des trois Avatar.
Le choix des armes
Mais si – comme nous – vous considérez le climax très intense d’Avatar : La voie de l’eau comme la meilleure scène d’action de toute la filmographie de James Cameron (qui compte pourtant quantité de morceaux de bravoure), vous devriez être très surpris par l’approche d’Avatar : De feu et de cendres. Très rapidement dans le récit, le cinéaste sème d’étonnantes contradictions qui vont nourrir la thématique de cette suite. On pense d’abord à cette première confrontation avortée entre Jake Sully et le colonel Quaritch, qui ne semblent même plus vraiment savoir pour quelle raison ils doivent se battre. On pense également à la fascination profane de Varang pour les armes à feu que lui présente Quaritch, lui promettant qu’ils confèrent un véritable écho à sa rage. À cette flèche explosive, vestige d’une humanité belliqueuse que Jake offre à Neytiri pour qu’elle l’utilise finalement au moment le plus opportun, comme un véritable retour à l’envoyeur. Au retour du menaçant Toruk, présenté comme l’ombre Jungienne de Jake. On pense enfin à cette bataille navale qui répond à celle du second film, mais dont le revers indique que l’union ne fait pas forcément la force. La rage du désespoir qui nourrissait l’intensité du climax susmentionné laisse peu à peu la place à un étrange sentiment de plénitude, très clairement marqué par un discours sans équivoque sur la nature destructrice des armes à feu, et porté par une surprenante représentation physique d’Eywa. Attention, cela ne signifie pas qu’Avatar : De feu et de cendres ne compte pas son lot de grand spectacle, bien au contraire. L’énorme séquence de sauvetage qui se déroule dans les murs de la cité humaine en construction est d’autant plus impressionnante qu’elle voit converger un grand nombre d’enjeux avec une limpidité exemplaire. Mais au milieu du chaos, de la destruction, des échanges de feu nourri, James Cameron ne perd jamais de vue l’essence de son propos. De fait, il retrouve la définition même de l’aventure, celle qui transforme profondément celui qui l’entreprend. On le comprend maintenant avec Avatar : De feu et de cendres : entre autres choses, cette trilogie raconte le parcours d’un soldat qui comprend enfin que le combat n’est pas la seule option vers la paix intérieure. Une fois encore, cette suite nous offre ce qu’aucun autre grand spectacle hollywoodien ne parvient plus vraiment à entreprendre aujourd’hui : tout simplement nous reconnecter à l’universalité de la condition humaine. Pas mal pour un humain, James Cameron !