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Kirk Douglas a 100 ans, et raconte ses films

Visage angulaire et naturel macho, Kirk Douglas est un des plus grands acteurs de l’histoire du cinéma à être encore en vie. Qu’il s’agisse d’épopées de capes et d’épées, de westerns héroïques ou de drames contemporains, l’acteur qui fête aujourd’hui
Kirk Douglas a 100 ans, et raconte ses films

Visage angulaire et naturel macho, Kirk Douglas est un des plus grands acteurs de l’histoire du cinéma à être encore en vie. Qu’il s’agisse d’épopées de capes et d’épées, de westerns héroïques ou de drames contemporains, l’acteur qui fête aujourd’hui ses 100 ans, a toujours abordé ses choix de carrière avec la plus grande attention.


Né Issur Danielovitch, Douglas est passé de la pauvreté à la richesse, des chiffons (son père était chiffonnier) aux nominations aux Oscars. En 2014 sur le site du Huffington Post, le grand Kirk Douglas a évoqué avec nostalgie ses 12 plus grands films.


L’Emprise du crime (1946)


Commençons par mon premier long-métrage, L’Emprise du crime (The Strange Love of Martha Ivers), un film noir produit par Paramount. Vous savez, je n’ai jamais voulu être autre chose qu’un acteur de théâtre new-yorkais, mais c’était une situation précaire à l’époque surtout avec une jeune famille. Je jouais dans une pièce intitulée The Wind is Ninety quand j’ai reçu une visite dans les coulisses d’un important producteur hollywoodien, Hal Wallis. […] Il m’a proposé un job !


Je ne pouvais pas refuser un film avec Barbara Stanwyck et Van Heflin. En plus, je gagnais un meilleur salaire qu’à Broadway. J’ai traversé le pays en train, et j’ai mémorisé mon texte afin que je puisse jouer mon rôle face à ces stars chevronnées du cinéma.

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Le Champion (1949)


Le Champion a été un tournant dans ma jeune carrière. J’ai eu l’opportunité de faire un grand film Technicolor à la MGM intitulé Passion Fatale avec Ava Gardner, Gregory Peck et Lionel Barrymore. J’ai refusé d’y participer pour jouer Midge Kelly, un boxeur peu sympathique dans un petit film indépendant réalisé par de jeunes inconnus – le producteur Stanley Kramer, le scénariste Carl Foreman et le réalisateur Mark Robson. […] J’étais en assez bonne forme, mais je n’avais jamais boxé […] donc je suis allé m’entrainer sérieusement avec Mushy Callahan, un ex-champion poids welter (mi-moyens). Le Champion m’a obtenu une nomination pour l’Oscar du Meilleur Acteur (1950) et a fait de moi une star. Et cet autre film, Passion Fatale ? Un flop.


Le Gouffre aux chimères  (1951)


J’ai de nouveau joué un mauvais gars qui sert ses propres intérêts dans le drame de Billy Wilder, et qui parle d’un journaliste disgracié essayant de réhabiliter sa grande carrière dans la petite ville d’Albuquerque. Quand un tunnel s’effondre à l’extérieur de la petite ville et qu’un homme se retrouve piégé sous les décombres, le journaliste y voit une grande opportunité de couverture. Ma co-vedette était Jan Sterling, jouant la femme de la victime. Ace in the Hole, retitré The Big Carnaval (aux USA) n’a pas été un succès à l’époque, mais il est devenu un film culte. J’aimais travailler avec Billy, qui est devenu un bon ami.

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Les Ensorcelés (1952)


N’ai-je pas eu de la chance avec le refus de Clark Gable de jouer ce rôle, puisqu’il m’a valu ma deuxième nomination à l’Académie [des Oscars] en 1953 ? Lara Turner jouait ma superbe « découverte ». Nous avons tourné à la MGM avec Vincente Minnelli à la réalisation. Un jour, j’ai eu une discussion avec Francis X. Bushman, qui avait un petit rôle. Bushman avait été une star majeure dans les films muets et parlants, et puis avait disparu ! Maintenant, je sais pourquoi. Au sommet de sa renommée, il a, par inadvertance offensé le tout puissant Louis B. Mayer en le faisant patienter quelques minutes. Mayer l’a par la suite interdit de jouer pour la MGM et l’a blacklisté de l’industrie. C’était son premier rôle en 25 ans. L’histoire de Bushman m’a donné un aperçu utile du caractère impitoyable et égoïste que je devais jouer – encore un autre anti-héros dur.


Un acte d’amour (1953)


Je ne sais pas si c’est un bon film, mais pour moi c’est un grand film parce que c’est là que j’ai rencontré ma femme, Anne Buydens, avec qui je suis marié depuis 60 ans. J’ai écrit à propos de notre étrange romance dans Life Could Be Verse. Anne a été engagé pour faire la publicité de Act of Love, et nous sommes devenus amis. Je voulais plus, bien sûr (elle était belle et avait un sens de l’humour fantastique), mais elle ne voulait pas d’une brève liaison avec une star de cinéma. Un soir, je l’ai emmenée avec moi à un événement de bienfaisance au Cirque d’Hiver à Paris, où des acteurs/actrices de cinéma français étaient les vedettes. […] Je suis allé dans les coulisses, où ils ont trouvé quelque chose « d’approprié » pour moi. Juste après le passage de l’éléphant, je suis sorti – toujours dans mon smoking – avec un balai et une pelle pour nettoyer les excréments. Anne riait si fort que je savais que je l’avais conquise.

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Vingt Mille Lieues sous les Mers (1954)


Ce fut le premier film réalisé par Walt Disney avec des personnages réels. Nous étions sur un calendrier de tournage de six jours par semaine, donc Anne et moi sommes allées à Las Vegas un samedi après le travail pour nous marier, à l’hôtel Sahara, et avons pris un vol pour Los Angeles la nuit suivante. J’ai aussi enregistré « Gotta Whale of a Tale », et c’est devenu un succès. Il a même surpassé la dernière chanson de Frank Sinatra pendant quelques semaines. J’ai également chanté cette chanson en compagnie de mes enfants. Lors d’une scène dans Une si belle famille (2003), où Michael, Cameron et moi pêchons dans un canot, Michael suggère que nous la chantions ensemble. J’ai apprécié cela.


La Rivière de nos amours (1955)


Quand j’ai débuté Bryna, ma propre compagnie de production (du nom de ma mère), c’était notre premier film. C’était un western filmé dans l’Oregon, et j’ai offert à mon ex-femme Diana un grand rôle. Anne était enceinte de notre premier fils, Peter, mais elle a accepté volontiers de garder mes plus vieux garçons, Michael et Joel, rester à Beverly Hills, pendant que Diana et moi étions en tournage. Jusqu’à aujourd’hui, nous appelons Diana « notre première femme » et restons de bons amis. Le film a bien fonctionné et la Bryna Company était en route.


La Vie passionnée de Vincent Van Gogh (1956)


Je voulais faire Lust for Life (en VO) à la Bryna Company, mais il s’est avéré que la MGM détenait les droits. J’ai toujours voulu incarner Van Gogh, d’autant plus que John Houseman et Vincente Minnelli, l’équipe derrière Les Ensorcelés, étaient attachés au projet. J’ai adoré être de retour en France, et nous avons tourné dans tous les endroits où Van Gogh avait vécu et peint. Mais c’était aussi horrible. J’étais tellement immergé dans sa vie de torturé qu’il m’était difficile de prendre du recul. Après la sortie [du film], j’ai été contacté par Marc Chagall pour raconter sa vie. Je l’admirais beaucoup, mais je ne voulais pas interpréter de nouveau un artiste.


Les Sentiers de la gloire (1957)


J’avais vu un film intéressant intitulé L’Ultime razzia (1956) d’un jeune réalisateur dénommé Stanley Kubrick. Je l’ai contacté pour voir s’il avait d’autres projets. Il m’a donné Les Sentiers de la gloire, et j’ai adoré, même si je savais que ce ne serait jamais un succès commercial. J’ai obtenu un financement de la part de United Artists, et nous sommes partis en Allemagne, aux environs de Munich, pour le tournage. Quand je suis arrivé, Stanley avait complétement réécrit le scénario. C’était horrible. Il voulait le rendre plus commercial, m’expliqua-t-il. Comme c’était un film de Bryna Company, j’ai insisté pour que nous utilisions le script que j’aimais. J’avais raison. Il n’a pas fait d’argent, mais il a été un succès critique. J’ai trouvé Stanley suprêmement talentueux, mais extrêmement difficile. Avec un budget et un salaire plus grands pour Spartacus, il est devenu deux fois plus pénible, mais quel talent !

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Spartacus (1960)


« Je suis Spartacus » est le dialogue dont on se souvient le plus. Croyez-le ou non, Stanley Kubrick a détesté la scène où tous les hommes prétendent être Spartacus. Il ne voulait pas tourner la scène, mais j’ai insisté. Après tout, je n’étais pas seulement la vedette mais aussi le producteur qui signait son chèque de paie. Notre scénariste était Dalton Trumbo, travaillant sous le pseudonyme de « Sam Jackson » parce qu’il était blacklisté de Hollywood. Quelle période honteuse, surtout que nous étions tous des hypocrites, recrutant les blacklistés et utilisant leurs talents pour des salaires minimes. Je voulais que Dalton écrive The Last Cowboy [Universal l’a par la suite retitré Seuls sont les indomptés) mais je lui ai demandé d’écrire Spartacus en premier.


Spartacus était un film exigeant, et j’ai été crucifié non seulement à l’écran, mais également en coulisse, par la puissante chroniqueuse Hedda Hopper et l’American Legion (association d’anciens combattants de l’armée des USA), pour avoir utilisé un livre écrit par Howard Fast, un communiste, et crédité Trumbo. Mais le public a adhéré, surtout après que le nouveau Président John F. Kennedy soit venu voir le film dans un cinéma de Washington.


Seuls sont les indomptés (1962)


Comme je l’ai dit, c’est mon film préféré. Je joue un cowboy moderne vivant toujours selon les codes du Vieux-Ouest. Dalton [Trumbo] a écrit un scénario parfait – un script, et aucune correction. Mon personnage participe à une bagarre avec un homme vicieux ayant qu’un seul bras. Cet homme était en fait le remplaçant de Burt Lancaster, et avait perdu son bras pendant la guerre. C’était un tournage difficile dans les environs d’Albuquerque – haute altitude, neige, brouillard et de la pluie verglaçante en mai ! Je ne m’entendais pas très bien avec le réalisateur [David Miller]. De plus, il n’avait aucun respect pour la sécurité. La meilleure relation que j’ai eu sur ce film a été avec mon cheval, Whisky.


Sept jours en mai (1964)


On m’a dit que faire ce film serait risqué parce qu’il s’agissait d’une tentative de renversement militaire du gouvernement des Etats-Unis. Mais j’ai rencontré le Président Kennedy à Washington lors d’un diner. Il avait aimé le livre et a passé 20 minutes à me dire pourquoi ce serait un grand film. Je pouvais jouer les deux rôles : le méchant fomenteur du complot ou le bon colonel qui alerte le Président. J’ai envoyé le script à mon copain « Boit » Lancaster, lui disant de choisir le rôle qu’il voulait. Je prendrais l’autre. J’ai aimé incarner le gars sympa. Nous avions besoin d’un coup de feu, quelque chose d’authentique, lors de mon entrée dans le Pentagone. Nous avons effectué un tir, dissimulant les caméras dans un fourgon stationné de l’autre côté de la rue. J’étais vêtu de l’uniforme de mon personnage, un colonel de la Marine. Le garde me salua. Je l’ai salué en retour et je suis entré, j’ai attendu quelques secondes, et je suis sorti. L’avant-première privée de Seven Days in May s’est déroulée le soir où je terminais la pièce Vol au-dessus d’un nid coucou – qui était à l’affiche depuis cinq mois – ma dernière tentative pour être une vedette majeure de Broadway.


Propos traduits par Pierre Sauveton