Otomo

Les Rallizes Dénudés : Noir psyché

Les Rallizes Dénudés est un groupe à part, culte, acteur d’un underground japonais radical, dont l’histoire s’est perdue dans les méandres de l’exégèse hagiographique de ses fans. Ces derniers ont construit, à travers le monde, une véritable mythologie autour de la formation tokyoïte, bien aidés par le chanteur et guitariste Takashi Mizutani. Décédé en 2019, celui-ci a longtemps cultivé une forme de sobriété biographique et médiatique, donnant au groupe des allures de formation fantôme dont la musique s’est propagée comme une onde pirate, telle la Sadako de la VHS de Ring, circulant sur des CD-R, des MP3 et des bootlegs au son parfois inaudible, aussi bien sur cassette que sur CD ou vinyle.

La Tour du Soleil et Okamoto : l’art, c'est l’explosion

Il ne reste pas grand-chose de l’exposition universelle d’Osaka de 1970 : quelques structures, un musée passionnant et, pour le bonheur de tous et de toutes, une œuvre phénoménale, à la fois artistique et mystique… La Tour du Soleil de Taro Okamoto est une icône pop culturelle que l’on rejoint d’Osaka depuis la garde d’Umeda, en prenant la ligne Midosuji, puis le monorail, pour un voyage aux mille chemins, vers soi et vers les autres. Son œuvre hybride, d’une provocatrice modernité, fait l’objet, au Musée du Quai Branly, d’une exposition unique. Taro Okamoto : un Japon réinventé éclaire l’évolution d’un artiste inclassable, en quête d’un langage universel, pour redécouvrir le Japon à travers la richesse de son regard.

Toshiro Mifune, le dernier empereur

À l’avant-première de Ben-Hur au Japon, Charlton Heston s’extasiait devant Toshiro Mifune, allant même jusqu’à dire que si l’acteur japonais pouvait jouer en anglais, il conquerrait le monde. Toute une génération d’acteurs et de réalisateurs occidentaux a grandi avec ses films ou assisté en direct à la naissance du mythe, en grande partie grâce aux films de Akira Kurosawa, Masaki Kobayashi ou bien Hiroshi Inagaki. Samurai Assassin (1965) de Kihachi Okamoto, par exemple, est l’un des films préférés de Tarantino. Le Japonais, situé quelque part entre Alain Delon et John Wayne, était une vraie gueule de cinéma au charisme incroyable et au caractère bien trempé.

Godzilla Minus One : Décryptage d’un carton-monstre

Avec plus de 100 millions de dollars au box-office mondial, une nomination aux Oscars 2024 et une réception critique et publique triomphale, Godzilla Minus One, trentième long-métrage live des studios Toho, consacré au Roi des Monstres, a défié tous les pronostics pour s’imposer comme la grande surprise cinématographique de l’hiver 2023-2024. Le film de Takashi Yamazaki semble avoir réalisé l’alignement de planètes parfait pour permettre de réunir enfin les aficionados du kaiju eiga et les non-initiés au genre. Pour Toho, ce succès international inattendu arrive à point nommé pour le soixante-dixième anniversaire de Godzilla. Décryptage d’un carton-monstre…

House, la maison d'Obayashi

On doit ce film aussi bien aux Dents de la mer de Steven Spielberg qu’à l’imagination débordante d’une jeune fille qui se peigne les cheveux devant son miroir. Au milieu des années soixante-dix, Nobuhiko Obayashi est un réalisateur de publicité en vogue qui parcourt le monde pour réaliser des pubs avec Charles Bronson, Sophia Loren, Catherine Deneuve, Ringo Starr ou Kirk Douglas. Il travaille à Rome, dans les studios de la Cinecittà, ou à Hollywood, et tourne des clips pour la pop star Momoe Yamaguchi, tout en menant une double vie de cinéaste expérimental. Absolument rien ne le prédestine à réaliser House. Un film culte à tous points vue : un succès commercial improbable, novateur, absurde et psychédélique, donc fou, qui convoque toutes les obsessions d’un cinéaste, Obayashi, premier metteur en scène issu du monde de la publicité à réaliser un film pour l’un des plus grands studios de cinéma japonais, Toho.

Tetsuo : Tokusatsu-punk !

Au début des années 2000, la revue Invitation fait sa première Une avec une photo dépliante qui, selon le magazine, représente le cinéma japonais contemporain : des acteurs et des actrices, des idoles et des cinéastes qui incarnent le septième art nippon, et posent façon Salut les copains. On remarque deux choses, l’absence de Takeshi Kitano, et la présence, à la marge, dans un coin à gauche, sur le volet intérieur, des deux enfants terribles du cinéma japonais, Takeshi Miike et Shinya Tsukamoto.

Lady Snowblood ou la princesse neige-carnage

Un asura, dans la mythologie indouiste, est décrit comme un demi-dieu vengeur qui ne peut jamais connaitre le vrai bonheur – ses désirs ne seront jamais satisfaits, et bien que son existence soit imprégnée de plaisirs charnels, un asura ne sera jamais vraiment heureux. Ce mythe fournit une description appropriée à l’héroïne de Toshiya Fujita en 1973, Lady Snowblood. Dans ce film, Fujita (et son actrice principale Meiko Kaji) tisse un conte sombre et visuellement magnifique sur le destin, la haine, la violence et le prix de la vengeance.