Created by Richard Schumannfrom the Noun Projecteclair_rocky
Design, Article & Cream
superstylo

Le Cauchemar de Dracula : Duel (presque) au soleil

Quelque part entre le western et le film de cape et d’épée, la poursuite finale du Cauchemar de Dracula convoque l’action au cœur de l’épouvante.
Le Cauchemar de Dracula : Duel (presque) au soleil

Quelque part entre le western et le film de cape et d’épée, la poursuite finale du Cauchemar de Dracula convoque l’action au cœur de l’épouvante. À l’instar du roman de Bram Stoker, le film de Terence Fisher s’achève par une traque culminant au château du vampire. Ici, le Comte Dracula (Christopher Lee) est sur le point d’enterrer Mina (Melissa Stribling) pour en faire sa compagne. Mais il est interrompu par l’arrivée du professeur Van Helsing (Peter Cushing) et d’Arthur Holmwood (Michael Gough). Le vampire regagne sa demeure, laissant sa victime à moitié ensevelie. Pendant qu’Arthur accourt vers son épouse, Van Helsing talonne Dracula, cherchant à concrétiser le défi qu’il lança au public quarante minutes plus tôt : « Il faut le trouver et le détruire ». 


Par Fabien Mauro, texte issu de notre hors-série Rockyrama, toujours disponible ici !

Jusqu’à cet instant, Fisher et son monteur James Needs privilégiaient le montage parallèle, en séparant l’enquête de Van Helsing et les exactions nocturnes de Dracula. Au-delà des morsures, des babines ensanglantées et autres pieux enfoncés en gros plan, Le Cauchemar de Dracula trouve son aboutissement dans la lutte entre le Bien et le Mal. Alors qu’il traque Dracula à travers le hall et la salle à manger, Van Helsing marque un temps d’arrêt devant la porte d’entrée de la bibliothèque. Il sait que Dracula s’y trouve. Avant d’y pénétrer, il jette un rapide regard aux vitraux. Le soleil se lève. Le praticien fait irruption dans la pièce. Le vampire, tentant de s’échapper par une trappe secrète, jette un chandelier sur son adversaire qui l’esquive de justesse. Mais Dracula fond sur Van Helsing et l’étrangle jusqu’à la mort. Suffoquant, Van Helsing perd connaissance. Victorieux, Dracula approche son sourire carnassier près de la gorge de l’intrus. Dans une feinte digne d’un jeu de cours de récréation, Van Helsing ouvre les yeux et se dégage de l’étreinte du vampire. Le champ-contrechamp entre les duellistes semble condamner Van Helsing qui observe les rideaux de la fenêtre. Le soleil est levé. Le scientifique court sur la table de banquet et déchire les rideaux. Dracula chute au sol. Son pied est détruit par les rayons du matin. Van Helsing improvise un crucifix avec deux candélabres, poussant le vampire vers la lumière. Le corps de Dracula fait place à un cadavre desséché avant de tomber en poussière.

le-cauchemar-de-dracula-duel-presque-au-soleil

Secoué par ce train fantôme de 82 minutes, le public reprend son souffle. Pourtant, le brillant scénario de Jimmy Sangster prévoyait une fin moins spectaculaire. Peter Cushing proposa une alternative plus excitante :


« Pour le premier Dracula, j’ai suggéré qu’il aurait été judicieux d’avoir une scène dans l’esprit Douglas Fairbanks, avec un saut enjoué. Vers la fin, juste avant que Christopher Lee ne se désintègre à l’aide de ces merveilleux effets spéciaux, le scénario indiquait seulement que Van Helsing brandissait son crucifix et entraînait Dracula vers la lumière du soleil. J’ai dit qu’il serait absolument merveilleux si je pouvais sauter depuis la balustrade jusqu’aux rideaux. Mais ils ne pouvaient pas construire de balustrade car cela leur aurait coûté extrêmement cher et ils avaient déjà terminé leur décor. Mais nous avions cette longue table de banquet. J’ai couru dessus et j’ai bondi aussi loin que je pouvais et j’ai tiré les rideaux. Dans le script original, Van Helsing était une sorte de représentant pour les crucifix. Il les sortait de chaque poche, les offrait aux enfants pour les protéger, les plaçait dans les cercueils et ainsi de suite. À la fin du film, il en sortait un autre, et j’ai demandé si nous ne pouvions pas proposer quelque chose de plus excitant à la place. Je me suis remémoré le film Berkeley Square [1933] dans lequel Leslie Howard est pris pour le Diable par ce petit homme effrayé qui soudainement se saisit de deux bâtons de bougies pour en faire une croix. Je me suis souvenu que cela m’avait impressionné. J’ai donc proposé de courir sur la table de banquet, de tirer les rideaux et de frapper Dracula avec la lumière du jour. Ainsi, il était, bien sûr, piégé. Ensuite, je pouvais arriver héroïquement, m’emparer des deux supports de bougie et lui exhiber une croix au visage. Ils ont approuvé. »


Fort du triomphe du Cauchemar de Dracula, la Hammer s’impose comme l’un des leaders mondiaux en matière de frissons et d’hémoglobine. Ce même final fut référencé par Steven Moffat et Mark Gatiss dans la conclusion de leur série Dracula (2020), prouvant que le film matriciel de la Hammer reste toujours la pierre angulaire de l’horreur britannique.



Par Fabien Mauro, texte issu de notre hors-série Rockyrama, toujours disponible ici !