Rockyrama

Ghosts of Mars : Jogging, trampoline et heavy metal

À la fin des années quatre-vingt-dix, la simple annonce d'un nouveau film de Big John provoquait encore un enthousiasme digne de ce nom. Bien que Los Angeles 2013 (1996) ait refroidi à peu près tout le monde, rien ne pouvait encore ébranler la déférence quasi religieuse du public envers le maître. Avec Vampires (1998), Carpenter nous livrait un néo-western aride, généreux en gore et chargé de punchlines sous la ceinture déclamées par un James Woods en très grande forme. Après un petit succès confirmé à l'international, le public attend fébrilement le prochain film de Carpenter. Et là, sous nos yeux ébahis – et sans aucun mode d'emploi – vint Ghosts of Mars. Avec ce film, initialement prévu comme le troisième volet qui aurait conclu une « trilogie Snake Plissken », le studio fait un 180° suite à la douche froide du précédent film et décrète que Kurt Russell n'est plus l'idole des jeunes.

Le mystère John Cazale

« J’ai plus appris sur le jeu d’acteur de John que de n’importe qui » a déclaré Al Pacino. Admiré par Francis Ford Coppola, Michael Cimino et Sidney Lumet, John Cazale a joué dans cinq de leurs plus grands films. En seulement six ans de carrière cinématographique de 1972 à 1978, il est le seul à avoir réalisé le grand chelem : quatre rôles courts mais intenses dans cinq films, tous unanimement reconnus comme des chefs-d’œuvre, et nommés « meilleur film » aux Oscars. Parmi ces performances, celle, inoubliable, de Fredo, le Judas touchant de la famille Corleone dans Le Parrain. La mort brutale de Cazale a interrompu une carrière qui s’annonçait brillante, unique. Il reste une énigme, acteur trop méconnu du grand public mais révéré de ses pairs, hier comme aujourd’hui. Plus qu’un modèle, un mythe.

The Bikeriders : la horde sauvage

Cramer sa vie pour l’amour de la vitesse et de son clan en laissant de la gomme sur le bitume. Évidemment, le mode de vie des clubs de motards des années soixante – pile entre ceux de L’Équipée sauvage et d’Easy Rider – est sur le papier un sujet éminemment cinématographique. Plus encore si l’on y ajoute un triangle amoureux atypique avec un casting à mettre le feu à un iceberg : Jodie Comer, Austin Butler et Tom Hardy. Mais là où Jeff Nichols rafle vraiment la mise, c’est sur le concentré d’une époque, d’un milieu et surtout, d’une contre-culture américaine : celle décrite par le photographe reporter Danny Lyon dans son livre mythique The Bikeriders (1968) qui a inspiré son film, montrant les codes et les visages d’un « motorcycle club » à Chicago, formé « d’indésirables », dont il a fait partie pendant quatre ans et qu’il a documenté avec autant de justesse que de lyrisme.

May December : le mélodrame vénéneux de Todd Haynes

Cinéaste américain indépendant né en 1961, Todd Haynes n’a cessé de s’attaquer aux mythes fondateurs des États-Unis, tout en questionnant les normes sexuelles et sociales. À la tête d’une œuvre composée de seize films, il interroge les identités, entre artifice et « moi » profond, aliénation et déconstruction. Son dernier film, May December, qui sortira en France le 24 janvier 2024, apporte sa pierre au passionnant édifice qu’est sa filmographie.

1975-1976 : la révolution Saturday Night Live

Entre coup de bluff, hausse de budget et expérimentations comiques, le lancement de Saturday Night Live, à l’automne 1975 sur NBC, n’a pas été de tout repos. Il doit beaucoup à la ténacité d’un producteur irascible et bienveillant, Lorne Michaels, et à une troupe de – très – jeunes auteurs et comédiens qui symbolisaient un humour souvent politique, toujours à contre-courant, et résolument anticonformiste, même dans les rangs de la chaîne. Une révolution dans le paysage audiovisuel, et l’éveil d’une nouvelle génération de téléspectateurs qui ira ensuite plébisciter ses stars au cinéma, de Chevy Chase à John Belushi.

Miami Vice : le vent dans les palmiers

Dans le paysage hollywoodien de 2006, très riche en films d’action auteuristes ou formalistes (Déjà vu, Hypertension, Les Fils de l’homme, Les Infiltrés, Apocalypto, 300, Casino Royale, Mission impossible 3, Inside Man…), Miami Vice a failli passer inaperçu. Sorti durant l’été, le film le plus cher de Michael Mann fut un semi-échec, public et critique, ayant déçu les fans de la série originelle des années quatre-vingt – dont Mann était l’un des cocréateurs –, ainsi que certains admirateurs des œuvres plus classiques du cinéaste, rétifs à l’abstraction et à l’hypermodernité radicale de celle-ci. Cependant, la réputation du film n’a cessé de grandir au fil des années, à mesure que s’est imposée l’évidence de tenir là une œuvre sidérante, déployant avec majesté son réalisme brut et son lyrisme atmosphérique.

Watchmen par Damon Lindelof : le retour aux sources

L'importance de Watchmen au sein de la pop culture n'est plus à démontrer. La bande dessinée de Dave Gibbons et d’Alan Moore y trône comme un monolithe auquel il est difficile de se confronter. Avec sa mini-série, Damon Lindelof s'ajoute à la liste des artistes qui ont tenté d'adapter ou d'étendre l'univers mis en place par Gibbons et Moore, tout en étant à la hauteur de l'œuvre originelle. A-t-il réussi là où tous les autres avaient, à des degrés divers, échoué ? Verdict.