Interviews

Dans le vidéoclub de Mehdi Maïzi

Par Johan Chiaramonte

On le connaît pour ses podcasts, ses émissions radio, sa présence sur les réseaux sociaux, sa connaissance atomique du rap et du foot. Mais on le connaît moins pour sa gourmandise à l’égard du cinéma. Et pourtant, Mehdi Maïzi distille sans prétention, au fil de ses interventions, des remarques pertinentes et bien senties sur le cinéma d’aujourd’hui et d’hier. Admirateur et inconditionnel de Robert De Niro, il nous semblait évident de l’inviter dans ce numéro afin de découvrir, avec lui, son vidéoclub idéal. Record.

Johan Chiaramonte : Quel est ton premier souvenir de cinéma ?

 

Mehdi Maïzi : Les premiers films qui m’ont marqué, et ce sont souvent ceux que je cite, ce sont les Indiana Jones. La Dernière Croisade, surtout, parce qu’il passait à la télévision. C’est comme ça que je les ai découverts et, dans mon souvenir, peut-être que ma mémoire me fait défaut, la trilogie était diffusée dans le désordre. Trois, deux, un. Donc, je dirais les Indiana Jones. C’est l’un de mes premiers souvenirs de cinéma.

 

J.C. : La Dernière Croisade est mon préféré.

 

M.M. : Ben oui, il y a des nazis, et on veut qu’Indiana botte le cul des nazis.

 

J.C. : Il se retrouve même face à face avec Hitler

 

M.M. : Cette scène est folle. Incroyable.

 

J.C. : Quelle place le cinéma occupait-il dans ta vie, à ce moment-là ?

 

M.M. : S’il fallait résumer très grossièrement, je pense que la passion de mon enfance, ça a été le foot. La passion de mon adolescence, ça a été le cinéma. Des passions qui restent. La musique est finalement arrivée assez tard, disons, vers la fin de l’adolescence, au début de ma vie adulte. L’adolescence, c’est le moment où j’ai commencé à creuser une forme – et je mets de gros guillemets –, de « cinéphilie ». C’est-à-dire qu’avant ça, dans l’enfance, j’ai été biberonné aux grands divertissements hollywoodiens. Beaucoup de cinéma américain, tu vois. Quelques comédies françaises, bien sûr, mais pas tant que ça. Ma mère avait un peu un truc où le cinéma français, ce n’est pas bien, tu vois. J’ai découvert très très tard beaucoup de grands films français, parce qu’on ne regardait pas ça à la maison,  alors qu’on pouvait regarder des choses évidentes, comme des Scorsese et des Coppola.

 

J.C. : Et la musique, c’est après ?

 

M.M. : Oui. D’ailleurs, mon amour de la musique vient de Casino, je crois. Ma mère était amoureuse de De Niro, et de Casino donc, qu’on avait à la maison. C’est là que j’ai été choqué par un acteur, par la prestation De Niro. J’ai été élevé par une mère qui n’était pas spécialement mélomane – dans le sens où elle n’allait pas te dire qui avait produit tel ou tel album –, mais elle écoutait beaucoup de musique et plutôt des trucs très cools, notamment de la musique noire américaine. J’ai grandi avec ça et c’était pareil avec le cinéma. C’est elle qui a fait mon éducation.

 

J.C. : Il y a un moment où tu t’es dit que le cinéma et la musique se mariaient parfaitement ? À travers des films, en particulier ?

 

M.M. : Le cinéma de Scorsese, c’est important pour moi, musicalement parlant. Scorsese et la musique, c’est tout un truc. Et puis 8 Mile, ça a été un choc pour notre génération. Eminem était très important, je l’ai beaucoup, beaucoup écouté. Aujourd’hui encore, je peux revoir le film avec plaisir. Je pense que c’est Curtis Hanson qui fait la différence sur ce film, la dynamique se distingue des autres films qui abordent le milieu rap. Et Shook Ones de Mobb Deep… La battle, le nombre de gens que ça a influencé…

J.C. : Tu parles de rap, je suis obligé de parler de quelqu’un, un rappeur qui parle énormément de cinéma : Akhenaton. Un morceau comme La Cosca, c’est très cinématographique.

 

M.M. : À fond. La Cosca c’est un storytelling incroyable. Les références à Star Wars dans L’école du micro d’argent ! Il y avait des clips qui coûtaient un pognon monstre à l’époque, et quand tu les revois aujourd’hui, tu te dis putain, ça n’a pas toujours très bien vieilli [rires]. Mais à l’époque, c’était le futur. Il y avait du Sergio Leone aussi, beaucoup chez IAM, avec Sad Hill entre autres. Effectivement, il y avait quelque chose de très visuel dans son écriture. Lui et Oxmo, à l’époque, étaient sûrement les meilleurs dans cet exercice de narration. Ce que j’aimais, c’était reconnaître un sample, une phrase tirée d’un film. Aujourd’hui, tu vas sur Genius et c’est fait, mais à l’époque, quand tu reconnaissais le film, t’étais fier. Comme sur La rue t’observe d’Arsenik qui reprend L’Impasse, ou Lunatic avec L’Évadé d’Alcatraz.

 

J.C. : Tes goûts ont-ils évolué ? Ou est-ce que, finalement, même avec le temps, tes films préférés sont les mêmes ?

 

M.M. : Je crois que, malheureusement, je suis resté le même. Je recherche toujours la même chose dans les films. Je suis assez nostalgique du cinéma américain, notamment, qui existait dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, mais surtout quatre-vingt-dix. Je ne suis pas en train de dire que tout était mieux avant, pas du tout. Mais moi, en tout cas, je préférais ce cinéma parce que j’ai grandi avec, parce que ça me manque. Aujourd’hui, tu vois, les grands films d’action sont rares, les grandes comédies romantiques sont rares. Donc oui, je suis assez nostalgique d’un certain cinéma de divertissement. Il y a un Shane Black qui est sur Amazon, Dirty avec Mark Wahlberg, il y a des chances que ce ne soit pas très bien, mais ça m’attire.

 

J.C. : Justement, hier soir, un pote m’envoie un message pour me dire qu’il y a le nouveau Shane Black sur Amazon. Je me dis, ah oui, c’est vrai. Je ne savais pas quoi regarder. Et finalement… j’ai regardé Les Incorruptibles.

 

M.M. : Voilà, tu vois. On revient toujours aux fondamentaux.

J.C. : Comment regardes-tu les films aujourd’hui, sur les plateformes, au cinéma… Tu achètes encore des Blu-ray ?

 

M.M. : Je t’avoue que je n’en achète plus. Tout est devenu tellement simple : je loue, parfois, j’achète de vieux films sur l’Apple Store. Mais je ne suis pas attaché à l’objet. Par contre, j’ai un vrai plaisir à aller au cinéma, même si j’ai l’impression que les salles sont de plus en plus vides. Bon, après, j’y vais surtout le matin. Paradoxalement, je suis un peu devenu le mec que je détestais avant, qui disait : « Ouais, c’est bon, je regarderai quand ça passera à la télé »

 

J.C. : Tu allais au vidéoclub quand tu étais petit ?

 

M.M. : Bien sûr ! J’ai beaucoup loué les Star Wars. Tu sais, j’étais tellement fan d’Harrison Ford que je ne voulais pas accepter que ce n’était pas le personnage principal. Parfois, on avait des discussions autour de l’Élu, la Force, et pour moi, ça parlait de Han Solo et pas du tout de Skywalker. Dans ma tête, c’était évident que c’était forcément lui, le premier rôle. Mais ouais, ouais, on louait. Après, j’ai aussi loué beaucoup de films dans les années 2000-2005. J’allais à Videofutur.

 

J.C. : Traîner au vidéoclub, c’est un truc qui te manque ?

 

M.M. : Oui. C’était génial de voir les films, les jaquettes… Tu pourrais me dire, « tu peux voir ça sur les plateformes », mais non, ça n’a rien à voir. Je suis assez nostalgique de la jaquette des VHS. Je me souviens aussi de conversations avec les gens. J’étais un petit jeune de genre quatorze ou quinze ans qui commençait à creuser sa cinéphilie. Il y avait toujours des passionnés qui te parlaient des films. Donc ouais, pour le coup, je suis très nostalgique des vidéoclubs. 

 

J.C. : Justement, si tu pouvais ouvrir un vidéoclub, tu l’ouvrirais où ?

 

M.M. : Ce serait cool d’avoir un vidéoclub dans une ville paumée. Je ne sais pas, tu installes ça dans un village de cinéphiles, tu vois. Comme dans Calmos, le film avec Rochefort et Marielle, là où il se barre dans un village où il n’y a que des hommes. Bah, tu fais ça, mais dans un truc où il n’y a que des cinéphiles, que des gens qui parlent de cinéma toute la journée. Et t’as un vidéoclub là, parce que c’est le seul endroit où ça peut encore marcher aujourd’hui.

 

J.C. : Ou la série Le Prisonnier, mais qu’avec des passionnés de cinéma.

 

M.M. : Oui, voilà, exactement.

 

J.C. : Et tu l’appellerais comment, ton vidéoclub ?

 

M.M. : Bonne question… Je lui donnerais un nom en référence à La Valse des pantins, je crois, l’un de mes films préférés de De Niro.

 

J.C. : Alors justement… Visiblement, entre De Niro et Pacino, tu as choisi toi…

 

M.M. : Avec le temps, ouais. Finalement, c’est lui. Je me rends compte que je suis plus attaché à De Niro. Pourtant, Dieu sait que j’ai vu L’Impasse et Scarface un nombre incalculable de fois. J’en parlais dans mon émission avec Gilles Lellouche sur France Inter, et il me disait : « C’est le meilleur acteur du monde ». Quand tu te fais sa filmographie des années soixante-dix aux années quatre-vingt-dix, c’est du jamais vu. C’est intouchable. 

 

J.C. : De Niro a aussi eu la chance d’avoir Scorsese.

 

M.M. : Bien sûr, et Scorsese a eu la chance d’avoir De Niro. Je crois qu’aujourd’hui, il y a peu de choses dans la vie qui me font plus plaisir que regarder un film avec De Niro jeune. De Niro jeune et une vidéo de Zizou.

 

J.C. : Je le trouve fascinant dans Les Nerfs à vif.

 

M.M. : J’adore ce film. C’est marrant parce que, tu vois, c’est un film qui, je trouve, ne ressemble pas à un film de Scorsese dans la réalisation. Tu sais, il fait très années quatre-vingt. Max Caddie est terrifiant dans le film. C’est un vrai méchant.

 

J.C. : J’ai l’impression parfois de regarder un De Palma, parce qu’il a ce côté un peu baroque, un peu giallo.

 

M.M. : Tout à fait. Il fait vraiment thriller à la De Palma.

J.C. : Revenons dans les allées de ton vidéoclub. Tu en parlais tout à l’heure, la recommandation, c’est quelque chose qui te manque aussi ?

 

M.M. : Alors sans faire l’énorme boomer, ce qui manque, c’est une forme de transmission. Il y a un truc que Xavier de Rosnay de Justice m’avait dit en interview. Il y a un mot, aujourd’hui, qu’on utilise pour tout, c’est le mot contenu. Il disait : « Nous, on ne veut pas faire du contenu. » Ça m’avait marqué parce que, effectivement, je pense qu’aujourd’hui, on est à une époque où tout est mis au même niveau. Un film sur Netflix, un TikTok, un album de Taylor Swift et une bande dessinée. Mais si t’es un jeune de treize piges, aujourd’hui, quelle différence tu fais entre un truc de 30 secondes et une œuvre cinématographique ? J’ai l’impression que tout est ramené au même niveau, y compris le cinéma. Tout est désacralisé. En même temps, quand tu vois une émission avec cinq mecs autour d’une table qui parlent de cinéma, ça fait vite pompeux. Il y a toujours un moment où tu te dis : « Mais qu’est-ce qu’ils ont les intellos là ? » Il y a un truc qui n’est plus pertinent. Les gens préfèrent une recommandation rapide d’une minute sur Tik Tok. Moi, ça me fait peur, c’est un peu flippant. Je trouve qu’on est à un moment assez particulier de l’histoire du cinéma.

 

J.C. : Je comprends… Bon, c’est le moment de mettre en avant quelques films de ton vidéoclub imaginaire.

 

M.M. : Je vais commencer avec Superbad, parce que c’est la plus grande comédie de tous les temps pour moi. C’est le film le plus drôle que je connaisse, tu vois ?

 

J.C. : Très émouvant aussi.

 

M.M. : C’est un film sur l’amitié, sur la bromance, c’est magnifique. Jonah Hill marche sur l’eau dans ce film, il n’y a pas une vanne qui ne soit pas grandiose. À un moment, j’avais une passion pour Michael Cera, j’allais voir tous ses films. Il y avait un cinéma à Paris, qui n’existe plus maintenant, qui s’appelait l’UGC Orient-Express et qui passait souvent des films, des comédies, des Apatow. C’était top. 

 

J.C. : Un autre ?

 

M.M. : Je vais être dans le cliché, mais L’Impasse, bien sûr. Comme si Tony Montana n’était pas mort, mais qu’il était allé en prison et qu’il avait cherché la rédemption, tu vois. C’est un film que je trouve extraordinaire. De Palma a longtemps été le réalisateur qui m’attirait le plus pour sa technique. Moi, j’ai toujours aimé les techniciens. Dans le rap, dans le cinéma, et De Palma, pour moi, c’est peut-être l’un des techniciens les plus impressionnants, parfois peut-être au détriment du film, d’ailleurs. Mais là, dans L’Impasse, tout est grandiose. Il réussit tout ce qu’il entreprend. 

 

J.C. : Benny Blanco, pire personnage de l’histoire du cinéma, non ?

 

M.M. : J’ai un problème avec John Leguizamo à cause de ça. C’est un acteur génial, mais je peux plus me voir le mec. 

 

J.C. : De Palma pense que c’est son meilleur film.

 

M.M. : Ah ouais ? Je ne savais pas. Mais oui, c’est extraordinaire. Blow Out aussi. Il y a un moment où son run est phénoménal. L’Impasse je peux le voir et revoir en boucle. Apocalypse Now aussi… C’est un film que je trouve parfait. C’est évident de dire ça, mais c’est sûrement le film le plus impressionnant que j’ai vu de ma vie.

 

J.C. : Devant Le Parrain ?

 

M.M. : J’ai plus souvent vu Le Parrain, mais Apocalypse Now, c’est juste fou. Et très divertissant. Je pense que certains peuvent s’ennuyer devant Le Parrain – bon, pas moi hein. Apocalypse Now, c’est un film total, ça a foutu en l’air Coppola, c’est un condensé des années soixante-dix. Je n’ai qu’un regret, c’est qu’Al Pacino ait refusé le rôle, car j’aurais adoré le voir dans ce film.

 

J.C. : Mais du coup, peut-on dire que Coppola est le seul qui ait battu Kubrick dans un genre ? Parce que, pour moi, Apocalypse Now, c’est un sommet, en tout cas, je le préfère à Full Metal Jacket.

 

M.M. : Je suis complètement d’accord. Et pourtant, Full Metal Jacket, putain, c’est extraordinaire. Pour moi, c’est presque le film parfait. Mais je pense que quand ma fille sera grande et qu’elle me dira « Papa, c’est quoi le plus grand film de l’histoire ? », je lui répondrai : « Apocalypse Now ». S’il faut mettre de la science-fiction, je vais mettre Blade Runner. C’est ça ou Alien, mais en tout cas, c’est un Ridley Scott.

 

J.C. : Alien, c’est mon film préféré.

 

M.M. : Ever ?

 

J.C. : Oui, c’est le Milan des années quatre-vingt-dix, c’est Maldini et compagnie.

 

M.M. : Je vois oui. Moi, c’est Blade Runner. Le manteau de Rick Deckard, tu vois… Harrison Ford est si iconique. Visuellement, c’est magnifique, l’esthétique, les thèmes abordés, et ça n’oublie pas d’être poétique. Et puis la musique de Vangelis… Je mettrais aussi Mullholand Drive de David Lynch. C’est un film hypnotique, qui reste, qui hante. C’est un film que je n’ai toujours pas compris, mais qui me fascine. C’est le plus grand Lynch, pour moi. C’est fou, personne n’a vraiment compris, mais tout le monde s’accorde à dire que c’est un chef-d’œuvre. Enfin, je vais ajouter Piège de cristal, qui est le plus grand film d’action pour moi. Je dis ça comme si je révélais un truc, alors que c’est une évidence. Et je dis Piège de cristal, et pas Die Hard, parce que, pour le coup, la VF est phénoménale.

 

J.C. : Je n’ai jamais vu ce film en V.O

 

M.M. : Ah ouais carrément ! Moi, je l’ai déjà vu en V.O, mais je repasse sur la V.F. Je crois qu’on a tous un affect lié à l’enfance et à la voix de Patrick Poivey qui doublait Bruce Willis. Je ne dis pas qu’il fait mieux que Bruce Willis, bien sûr, mais il est génial, il apporte un petit plus. Il le fait avec un ton français de mec qui râle, tu vois ? Et pas avec le côté Bruce Willis, flic new-yorkais, beau gosse. Il y a vraiment ce truc de français au bout de sa vie, et ça amène ce petit quelque chose qui fait que tu connectes, je trouve. Et puis Alan Rickman en Hans Gruber est terrifiant, Bonnie Bedelia est géniale, cette tour… Tout ça ne prend pas une ride. McTiernan est à son meilleur, j’ai beaucoup d’affection pour ce réalisateur.

 

J.C. : Mon préféré de McT reste Octobre rouge, même si j’ai arrêté de compter le nombre de fois où j’ai vu Piège de cristal à 50, et c’était il y a bien longtemps.

 

M.M. : Octobre rouge, bien sûr. Le meilleur Jack Ryan. J’adore Harrison Ford, hein, mais bon, Octobre rouge, ça n’a rien à voir. Je l’ai cité tout à l’heure, mais La Valse des pantins est un film extraordinaire. Ça permet de me rappeler, de le répéter aussi à quel point Joker est une merde. Je déteste ce film, mais j’exagère un peu, il est « regardable ». Pour moi, c’est juste un remake de Taxi Driver combiné à  La Valse des pantins. Mais on a monté ce film en épingle, pour crier au chef-d’œuvre… La Valse des pantins est très actuel dans le rapport à la célébrité. Et De Niro est phénoménal. 

 

Mais pour parler d’un film plus récent, quand même : Get Out de Jordan Peele. Je l’ai vu dans un avion, pas les meilleures conditions pour découvrir un film. Je l’ai revu peu après, parce que je voulais vraiment y retourner. Je l’ai vu assez tard, on m’en avait beaucoup parlé, et j’étais un peu sceptique. Je ne savais pas si j’allais être aussi fan que tout le monde. Mais c’est un film qui m’a vraiment mis une claque. Je ne m’attendais pas au twist, j’ai trouvé le film très angoissant, très intelligent aussi, visuellement très beau. Je suis très fan de Daniel Kaluya qui interprète le personnage principal, c’est un super acteur.

 

Il y a un autre film que je regardais beaucoup, petit, c’est Héros malgré lui de Stephen Frears avec Dustin Hoffman, Geena Davis, dont j’étais amoureux, et Andy Garcia, qui n’a pas eu la carrière qu’il méritait, à mon avis. J’ai grandi avec ma mère, mes parents étaient divorcés, j’avais un rapport un peu compliqué au père, et je pense qu’il y a aussi beaucoup de films dans lesquels, parfois, tu recherches un peu des figures paternelles. Soit parce qu’elles sont différentes, soit parce qu’elles ressemblent beaucoup à ton père. Je pense que je me suis beaucoup identifié. Il y avait une forme de recherche, non pas de père de substitution, faut pas exagérer, mais quelque chose comme ça, tu vois ? C’est un film que j’ai beaucoup vu, enfant. Je l’ai beaucoup vu avec ma mère, donc j’ai de la tendresse pour ce film.

J.C. : Tu peux en donner un dernier, si tu veux.

 

M.M. : J’aurais bien aimé citer un film de Woody Allen, mais j’avoue que je peux plus. J’ai lu des articles et, pour moi, c’est plus possible. 

 

J.C. : Je comprends. Bien sûr, un film, ça n’est pas seulement son réalisateur non plus. Il y a énormément de gens qui travaillent dessus, des comédiens et des comédiennes, un scénariste, un chef opérateur, Gordon Willis sur Manhattan par exemple…

 

M.M. : C’est vrai, bien sûr, tu as raison. Mais je crois que je mettrais Barry Lyndon pour finir. J’ai mis du temps à y aller, je ne vais pas vers ce genre de film en costume normalement. Mais c’est tellement moderne, Barry Lyndon. Il y a un truc très Scarface dans la trajectoire du personnage. C’est mon Kubrick préféré, avec Shining évidemment. C’est peut-être la porte d’entrée la plus simple pour Kubrick.

 

J.C. : On s’amuse souvent à se poser la question avec des potes avec qui on peut parler de cinéma huit heures d’affilée. On se demande qui on serait si on était un réalisateur du Nouvel Hollywood, donc Spielberg, Coppola, De Palma, Scorsese, Lucas. Toi, selon ta personnalité et avec ce que tu connais de ces réalisateurs et de leurs films, tu serais qui ?

 

M.M. : C’est une bonne question… Je pense que je serais Coppola. Pas pour le génie, bien sûr, mais plutôt pour l’idée de tester des choses, ce qu’il continue de faire. J’espère qu’à son âge, je serai pareil, que je testerai, que je me mettrai en danger. Je ne sais pas si je suis comme ça, au final, mais c’est une forme d’aspiration. Prendre des risques. Son dernier film est raté à bien des égards, mais ça reste intéressant. Mais le mec a fini le jeu bien trop tôt, je crois. Alors qu’est-ce que tu fais, quand t’as fini le jeu ? Tu t’amuses, tu te mets en difficulté, et c’est ce qu’il a fait. Je trouve ça formidable.

 

J.C. : Dernière question. LA question. Est-ce que le cinéma, c’était mieux avant ?

 

M.M. : Ben ouais, je crois. C’est pas grave de le dire.

 

J.C. : Et il y a toujours de bons films !

 

M.M. : Exactement ! En tout cas, il y a des choses qui étaient mieux avant. Je pense que le rapport au cinéma, comme j’ai essayé de le dire, un certain cinéma, en tout cas le nôtre, celui avec lequel on a grandi, de toute façon, est quasiment mort. Pour nous, oui, forcément, c’était mieux avant. Franchement, tu me demandes, est-ce que le rap, c’était mieux avant ? Je ne vais pas forcément te dire oui. Est-ce que les jeux vidéo, c’était mieux avant ? Je ne vais pas te dire oui, tu vois. Est-ce que le foot, c’était mieux avant ? Même si je suis très nostalgique, je ne pense pas. Je ne pense pas que le football soit moins bon aujourd’hui qu’avant. Il est différent, mais voilà. Le cinéma, pour le coup, je pense que c’est moins bien globalement, je pense que c’est moins intéressant. Je pense qu’il y a moins de grands films. On n’est pas dans une grande époque malheureusement.

 

J.C. : Merci Mehdi.

 

M.M. : Merci à toi.

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